Chers amis de Aude,
A l'occasion de la Fête de Pâques, je voudrais aller au delà des classiques voeux de "Joyeuses fêtes" et proposer à votre méditation les quelques lignes qui suivent et qui ont récemment éclairés ma quête sur le sens de la souffrance qui frappe tant de familles.
Ces lignes, je les ai largement empruntées au Père Jean Lévêque, un carme de la province de Paris, qui s'exprimait en ces mots à propos de l'Evangile de Jean 16, 20-23, ce même texte d'Evangile nous avions lu au chevet de Aude le 21 mai 2004, soit la veille de son décès. Ce texte était toutefois initialement destiné à des carmélites. Lui trouvant une portée bien plus large, je n'ai pu résister à la tentation d'y apporter une touche personnelle et à vous le proposer. Vous reconnaîtrez mes interventions par leur surbrillance. Puisse l'auteur originel me pardonner cet écart...
Votre tristesse se changera en joie (Jn 16-20-23)
Quand l'heure vient pour une communauté, une famille, toute personne humaine, d'enfanter dans la douleur et l'incertitude une nouvelle manière d'ête, d'être Eglise et d'être au monde, le premier réflexe est souvent d'abattement et de crainte.
La vie qu'elle portait en elle va prendre un visage qu'elle ne pouvait pas deviner. Quelque chose d'elle-même va la quitter, quelque chose qui va devenir autonome et qu'elle ne pourra ni renier, ni contraindre.
Et surtout, la souffrance est là, dont on ne sait ni quand elle vient, ni jusqu'où elle ira.
Mais une communauté, une famille, une personne humaine qui vit vraiment dans le Seigneur peut faire confiance aux lois de la vie et de la nouvelle naissance. La souffrance, Dieu la lui fera oublier, en lui découvrant, pour sa joie, ce qui sera venu au monde.
Oublier, vraiment ? Peut-être pas. Certaines souffrances s'incrivent à l'encre de chine dans la chair et sont indélébiles ici bas. Mais même ces souffrances, Dieu les habitera au point qu'elles engendreront une joie qu'on ne pourra ravir à aucun coeur, comme un alleluia, un hymne, une louange, dont on ne sait d'où elle vient et où elle mène, mais qui habitera ce coeur en lui apportant comme une réponse à cette question lancinante qui nourissait auparavant ses craintes : Seigneur où es-tu quand je souffre ?...
Quand l'heure vient pour chacun et chacune de passer un peu plus, un peu mieux, un peu plus vite de ce monde au Père, la tentation se glisse parfois en nous de contourner la souffrance ou l'ascèse, de fuir la lumière qui s'approche, ou de reculer indéfiniment les échéances de la vérité.
Des choix s'imposent, on les évite.
Des clarifications seraient nécessaires; on se réfugie dans l'à peu près.
Des arrachements seraient libérateurs: on préfère garder de vieilles servitudes.
Et on retarde d'autant la joie de l'enfantement : comme l'enfant insensé dont parle Osée le Prophète, on s'empêche soi-même de naître (OS 13,13). Et c'est cela qui perpétue la tristesse.
Viens, Seigneur; viens me revoir, en traversant mes peurs et mes tristesses.
Apporte-moi ta joie que personne ne pourra me ravir.
Donne-moi, par ton Esprit Paraclet, de te connaître et de comprendre ta route.
Alors je ne t'interrogerai plus sur rien, parce que d'avance tu m'as répondu.
D'après Jean Lévêque, La sève et le sarment, Homélies au Carmel sur l'évangile de Jean, Paris 2001, p. 148 (édité par l'auteur et disponible via son site internet : http://perso.wanadoo.fr/j.leveque-ocd).
Joyeuse fête de Pâques à tous
Dans l'Espérance,Philippe et Vieng