9h00. Aude respire
à nouveau bruyamment et un peu difficilement. Vieng lui
fait un aérosol.
L'infirmière de Domus passe maintenir
le pousse-seringue de Scopolamine. Elle pense que si on ajoutait
de la morphine à la Scopolamine, on éviterait à
Aude de souffrir si elle fait des dyspnée. Vieng et moi
pensons que cela n'est pas nécessaire et que Aude ne souffre
pas pour l'instant.
Elle était si paisible et si éveillée
que nous avons pensé que cela n'était pas nécessaire
et qu'une telle administration pouvait être différée.
L'infirmière a insisté, ne comprenant
pas notre décision et pensant que cela soulagerait Aude
à titre préventif.
Nous connaissons notre fille depuis longtemps
et savons qu'elle nous l'indiquerait d'une manière ou
d'une autre si elle souffrait.
Aude avait communiqué avec moi ce matin
par une légère pression de ses doits sur la paume
de ma main. Pourquoi ne pas lui demander son avis ? Comme j'étais certain qu'elle nous entendait
et comprenait nos paroles, j'ai demandé à l'infirmière
de tenir elle-même la main de Aude et de lui demander si
elle avait mal et de serrer la main si c'était le cas.
Aude n'a pas bronché.
J'ai reposé la question en demandant
à Aude si elle se sentait bien et de serrer la main si
c'était le cas. Elle a aussitôt fait une franche
pression du bout des doigts sur la main de l'infirmière,
surprise.
Nous avions la réponse que nous attendions.
Il était désormais évident
pour moi que Aude ne souffrait pas et qu'il n'était pas
nécessaire de l'assomer avec de la morphine pour l'instant,
même à très faible dose. Il sera toujours
temps plus tard de réagir si nous constatons qu'elle souffre
ou qu'elle fait des dispnées.
Le plus extraordinaire est que Aude communique
donc à nouveau.
Son regard n'est plus figé. Ses pupilles
bougent, ses paupières parlent, sa tête se mobilise
parfois comme si elle essayait à nouveau de la hocher
pour acquisser.
Nous en sommes stupéfait, comme le
seront tous ceux qui passeront à la maison durant la journée.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng