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Mai 2004

Dimanche 16 mai 2004

11h30. Accrochés aux lèvres de Aude

 

11h30. Depuis des jours, Aude est là, abandonnée à sa maladie.

Plus un mot, pas un gémissement, pas une plainte, pas un geste de révolte. Fidèle à sa prière, elle se laisse emporter dans le ravin de ténêbres, une pixide en guise de houlette dans la main, elle vit sa crise dans la confiance, sans la moindre crainte !

Son silence est habité d'une étrange paix qui frappe tous ceux qui franchissent la porte de sa chambre. Elle est bien vivante, mais comme déjà transfigurée dans une nouvelle vie.

Sa respiration est régulièrement bruyante, encombrée. 2 fois dans la journée hier, Vieng lui a fait un aérosol en vue de dégger ses bronches et de faciliter sa respiration. De temps en temps, le souffle s'arrête, tantôt une apnée plus longue interrompt toutes les conversations qui s'accrochent soudainement aux lèvres de Aude, Vieng sussure à sa fille "respire Aude", comme un ordre délicat, après une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, parfois huit, neuf, dix, onze, douze secondes, Aude reprend son soufle, parfois happe bruyamment un bol d'air puis sa respiration reprend, entrecoupée de nouvelles apnées.

Elle vomit de temps en temps, sans plainte. Vieng se précipite pour la mettre sur le côté, maintenir une alaise, essuyer la bouche de Aude. Le flux n'est jamais très abondant et comme Aude ne lève plus la tête, nous n'utilisons plus de réniforme.

Dès que la crise est passée, Aude retourne dans son univers sans un mot, sans un cri, sans une plainte, sans un gémissement.

Aude ouvre les yeux, regarde autour d'elle, fixe son regard sur l'un ou l'autre, souvent retourne très vite dans son univers. Parfois, son regard se fait plus vif, comme lorsque Sarah, sa petite cousine, est venue avec sa maman dans sa chambre ou lorsqu'on chante à ses côtés.

Chaque mot, chaque photo partagée ici est une goutte de notre sang qui s'écoule à la lumière de tous les regards. Nous vivons des moments très intenses depuis plusieurs jours Vous êtes si nombreux à vous proposer pour panser nos plaies. Que puis-je écrire de plus que de rendre grâce à Dieu pour la paix qu'il nous donne malgré les tensions inévitables que suscitent ces moments difficiles ?

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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