< Précédent

 Suivant >

1994 - 1995 - 1996 -- 1997 - 1998 - 1999 - 2000 - 2001 - 2002 - 2003 - 2004

Janvier - Février - Mars - Avril - Mai- Juin- Juillet - Août - Septembre - Octobre - Novembre - Décembre

Avril 2004

Vendredi 2 avril 2004

14h30. Réunion avec le docteur S. de l'HUDERF

 

Le docteur S. a finalement accepté de venir jusqu'Erasme pour nous rencontrer. Cela nous évite d'abandonner Aude et d'aller jusqu'à l'HUDERF, où la réunion était initialement prévue.

Il rappelle que les clichés indiquent qu'elle a une méningite carcinomateuse, ce qui signifie que Aude a des métastases diffus dans le cerveau. Dans le cas d'un médulloblastome, la croissance et l'évolution de cet état peut être très rapide, mais il est impossible de prévoir à quel rythme le mal va évoluer et surtout par quels stades Aude va passer. Chaque cas est différent. L'espérance de vie de Aude se situe pour lui entre quelques heures et 3 mois. Sûrement pas plus.

Les problèmes de mastication et de déglutition de Aude sont des signes de l'atteinte du tronc cérébral, sans doute par la méningite, certainement par le kyste. L'état de conscience fluctuant de Aude en est un autre signe.

Nous devons donc accepter la dure réalité : on va encore essayer d'administrer du Témodal à Aude pour son confort, pour essayer de ralentir le processus d'évolution de la maladie. D'autres ne le feraient pas, mais le docteur S. estime que comme Aude cherche encore le contact avec le monde extérieur, ce dont il a pu se rendre lui-même compte en venant ici ce matin, cela vaut la peine de tout tenter pour essayer de la garder le plus longtemps possible dans cet état de veille. Mais il ne faut pas rêver : cela n'empêchera le processus enclenché de se dérouler jusqu'au bout, nous sommes devant la fin de la vie de Aude.

Le risque d'aplasie après la prise de Témodal est en général au 21ème jour : il est donc trop tôt pour affirmer que Aude est sortie du risque aplasique de sa première cure. Si les résultats de l'examen hématologique ne donnent pas de signes de dégradation de l'état hématologique, le docteur S. accepte l'idée d'avancer la seconde cure (nous sommes à 17 jours, normalement, on commence la seconde cure un mois après la précédente si les paramètres sanguins sont bons). Comme Aude a des problèmes pour avaler quoi que ce soit, on va lui mettre une sonde gastrique par laquelle on perfusera la chimiothérapie. On en profitera pour essayer d'hydrater Aude par cette voie. Si cela ne la gêne pas trop, on essayera aussi de l'alimenter par cette voie.

Par contre, on ne peut pas augmenter la dose de Témodal : la médecine ne doit pas tuer.

Comme la maladie de Aude progresse, on va toujours être à l'arrière si on chercher à établir le seuil idéal de douleur par palliers. On doit donc viser plus haut que la norme, à l'aveugle. Si Aude ne souffre pas, on ne doit forcément chercher à descendre le taux de morphine. Pour le moment, Aude reçoit du Prodafalgan et du Voltarem, elle a reçu jeudi du Dolzam, mais on ne l'administre qu'à la demande pour l'instant.

La situation est résumée : les neurochirgiens ont épuisés toutes les solutions pour soigner Aude. On ne fera plus rien, même pas un scanner, car à quoi bon avoir un cliché si cela ne débouche pas sur une solution thérapeutique. On va juste apporter à Aude le confort dont elle a besoin pour ne pas souffrir, ce qui signifie qu'on lui administrera des antidouleurs ou des antibiotiques si besoin. Si Aude est de plus en plus somnolente durant la prise de Témodal, on finit la cure de 5 jours et on observe ce qui se passe.

Selon ce calcul, la fin de la prise de Témodal serait mercredi prochain. Nous acceptons l'idée de rester à Erasme jusqu'à cette date, avant d'ensuite essayer de rentrer à la maison avec le soutien d'une équipe de soins palliatifs. Tout cela doit être approfondi via des contacts avec les personnes adéquates.

Administrer de la Diphantoïne comme antiépileptique ? Cela demanderait un électroancéphalogramme. Or on ne pourra le faire qu'après avoir enlevé les agraphes placées pour refermer les plaies chirurgicales, soit 14 jours au minimum après l'opération. A ce propos, on nous précise qu'habituellement, le séjour à l'hôpital est en moyenne de 9 jours dans le cas d'une trépanation sur un site déjà opéré auparavant

 

Pendant la réunion avec les pédiatres, Aude écoute une histoire racontée par l'institutrice. Elle a répondu aux questions, a dit qu'elle voyait les grandes images mais pas les petits dessins. Les lèvres de Aude sont très sèches. "Maman met du beurre de cacao" explique Aude à l'institutrice.

Aude, à l'institutrice, de nouveau: "Je ne m'appelle pas 'ma chérie', mais Aude" !



Quiconque, aussi faible et imparfait soit-il,
peut espérer en Dieu puisqu'il ne demande pas de grandes actions,
mais seulement l'abandon et la reconnaissance.

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

 < Précédent

 Suivant >