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Mars 2004

Vendredi 26 mars 2004

20h30. Un kyste de liquide céphalorachidien ?

 

Ce vendredi matin, j'étais à l'école avec les garçons et le cousin Quentin lorsque Vieng m'a appelé pour m'indiquer qu'une RMI alait avoir lieu dans la matinée, mais elle ignorait encore quand celle-ci serait réalisée.

Je n'étais pas encore rentré à la maison qu'elle retéléphonait pour m'informer que Aude "descendait" pour la séance.

Lorsque je suis finalement arrivé à l'hôpital, Aude était bien sûr remontée et s'était rendormie dans sa chambre. Vieng m'a expliqué que Aude avait vomi dans la salle d'atente en bas et qu'elle avait été très sage pendant toutes les séquences, ce dont je ne doutais bien sûr pas.

Aude a dormi toute la matinée et le début d'après-midi, se réveillant par moment, très faible et douloureuse au moindre toucher. Le pédiatre qui est pasé pendant ce temps a toutefois admis l'idée que Aude pourrait rentrer à la maison si les neuro-chirurgiens donnaient leur accord, compte tenu du fait que la situation de Aude progressait et que Vieng pourrait assurer le suivi des soins.

 

Vers 13h00, Aude s'est mise à hurler de mal à l'épaule. Vieng souligne qu'il ne s'agissait plus de l'épaule gauche dont souffrait Aude à la maison il y a 2 semaines, mais de l'épaule droite. On lui a donc administré un antidouleur et une kiné est venu lui masser l'épaule.

C'est alors que Claire et Brigitte, les institutrices de deuxième primaire de Aude, sont arrivées dans la chambre avec une guitare. Vous avez bien sûr compris que cet instrument était en fait une baguette magique dont il a suffit d'en gratter quelques cordes pour que Aude retrouve sa vigueur et entonne quelques chants du répertoire de l'école.

Après s'être donnée à fond, Aude était à nouveau épuisée et s'est rendormie jusque 16h45.

L'ophtalmologue qui est alors passé a hésité puis a finalement réveillé Aude avec douceur pour pouvoir l'examiner. Les pupilles de Aude sont dissymétriques depuis l'opération du début de semaine, ce qui amène Aude à voir double. Il n'y pas grand chose à faire, sinon attendre que le cerveau corrige lui-même l'axialité des pupilles. Pour le confort de Aude, on pourrait juste cacher son oeil droit pendant quelques jours. Si toutefois cela gêne Aude (ce qui est le cas), on peut tout à fait se passer d'un cache ou en mettre un sur un verre des lunettes que Aude devait porter il y a 2 ans mais qu'elle a abandonné entretemps. La première solution a été retenue pour l'instant : ne pas ennuyer Aude inutilement pour qu'elle même déclare que cela ne la gêne pas trop de voir double.

 

L'un des principaux neurochirugiens de l'hôpital est alors arrivé et a commenté les cichés de résonnance du matin.

Pour sa part, le docteur P. ne croit pas à un incident mécanique lié à la nouvelle valve. Il se dit persuadé que l'intervention de dimanche matin, malgré sa proximité temporelle avec l'opération de samedi, est liée à une autre cause et que c'est pure coïncidence si il y a eu une hydrocéphalie 24 heures après le placement du nouveau drain. Lors de toute interventions de ce type, le volumes de liquides céphalo-rachidiens excédentaires est toujours réduit par aspiration et il faut plus de 24 heures pour qu'une hydrocéphalie réapparaissent dans les ventricules concernés.

Par ailleurs, il affirme que rien sur les clichés en sa possession ne permet de penser que la méningite carcinomateuse évolue. Il ne croit donc guère dans l'hypothèse que des cellules auraient bouché le drain : l'hydrocéphalie de dimanche n'est sans doute pas liée directement à un évolution de la méningite entre samedi et dimanche.

Il revient donc sur l'hypothèse d'un quatrième ventricule exclus, c'est-à-dire dont les liquides ne communiquerait plus avec ceux des autres ventricules, comme c'est normalement le cas dans le cerveau. C'est un phénomène assez rare, qu'il n'a rencontré que 3 ou 4 fois dans sa carrière, et qu'il ne retrouve ni sur les clichés par scanner de Aude, ni sur ceux de la résonnance de ce matin.

Par contre, en analysant les clichés, il a remarqué un phénomène encore plus rare, la présence de ce qu'on appelle un kyste de liquide céphalorachidien juste à l'angle formé par le tronc cérébral, la masse du cervelet et le quatrième ventricule. Il s'agit en fait d'une poche de liquides qui, à la manière d'une bulle, s'est refermée sur elle-même et ne laisse pas s'échapper les liquides qui y pénètrent.

Un tel kyste se forme habituellement par l'accumulation de cellules qui font cloison. C'est une pathologie rare, qui n'a rien à voir avec un kyste tumoral. Chez Aude, cette masse apparaît plus nettement sur les clichés de ce matin que sur les précéent. Elle se remarque entre autre par le signal différent qu'elle produit, signal qui a des caractéristiques de liquides comme dans les autres ventricules, mais dont la teneur en protéine est différente. S'il y a une densité différente, il y a forcément un cloisonnement quelque part qui provoque une hydrocéphalie non communiquante.
Ce kyste atteint maintenant la taille d'une pièce de 2 euros environ. Il fait pression sur le tronc cérébral et explique la paralysie faciale partielle de Aude (elle se voit clairement sur les dernières photographies de Aude lorsqu'elle sourit). Le docteur ne se souvient d'ailleurs pas d'avoir remarqué cette paralysie samedi ou dimanche et pense qu'elle est donc apparue lundi ou mardi, indépendamment des 2 interventions neurochirurgicales du week-end.

Si on laisse ce kyste évoluer, il va faire de plus en plus pression sur le tronc cérébral, avec des conséquences désastreuses pour Aude, allant d'une paralysie locale à une hémiplégie puis une paralysie généralisée, avec les conséquences que l'on imagine. Il est donc indispensable d'agir au plus vite et d'affaiser ce kyste en le "fénestrant", c'est-à-dire en allant y faire une incision qui permette aux liquides de s'échanger à nouveau avec l'ensemble des liquides du crâne. Au cours de l'opération, le neurochirgien en profiterait pour fénestrer également le quatrième ventricule, situé juste à côté et pour lequel il craint toujours une exclusion. Cette dernière intervention favorisera également l'écoulement de tous les liquides de ce ventricule à l'avenir.

Ce geste suppose une trépanation à l'arrière du crane. Il s'agit d'un geste chirugical "assez simple", peu dangereux et quasi sans risques. Par contre, rien n'indique qu'il n'y aura pas récidive dans l'avenir, compte tenu du fait que le traitement proposé n'élimine en rien la cause, qui est l'accumulation de cellules tumuroles dans le liquide. Reste à espérer que le Témodal agisse.

A la question de savoir s'il ne craint pas que Aude entre en aplasie à cause du Témodal, il répond que ce médicament ressort d'une chimiothérapie douce, beaucoup moins aplasiante que le VP16, et que aucune des analyse de sang de Aude réalisée depuis 10 jours ne le laisse craindre.

Si nous sommes d'accord -avons-nous vraiment le choix ?-, il propose d'intervenir lui-même lundi matin, vers 8h00. Entretemps, il rejoint notre suggestion que Aude rentre à la maison pour se remonter le moral.

 

Aude a donc une "permission" de sortie jusque dimanche matin, sous réserve bien sûr qu'aucune complication ne survienne d'ici là. Sa chambre sera gardée à notre disposition jusque là.

Le docteur viendra alors réexaminer Aude et évaluer l'évolution clinique de sa paralysie faciale. Cet examen permettra de déterminer si une intervention urgente s'impose ou si on peut attendre le lendemain comme prévu actuellement sur le planning des salles.

 

 

Il n'a pas fallu longtemps pour que, malgré sa fatigue, Aude soit prête pour rentrer manger des nems à la maison.

 

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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