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Mars 2004

Mercredi 24 mars 2004

23h45. L'état neurologique de Aude progresse

 

Ce matin, Aude a reçu une gigantesque enveloppe par Taxipost avec des grandes figurines de ses héros favoris peints à l'aérographe. Un cadeau inestimable d'une de ses amies pour décorer son cadre de vie et celui d'autres enfants malades à l'hôpital. Aude était ravie par ce geste autant que facinée par la taille et la beauté de ces personnages. Elle en en a oublié le mal à l'épaule et la phlébite qui lui anflait l'avant-bras depuis ce matin. Merci à Annick et à tous ceux qui ont pris part à ce magnifique projet !

Aude a dormi ensuite toute la matinée jusqu'à l'arrivée dans l'après-midi de plusieurs groupes de visiteurs. Elle était si heureuse qu'elle était en forme pour parler et avait retrouver toute sa verve, tout son caractère coquin et enjoué pour échanger avec chacun.

Une des conditions pour que Aude puisse rester sans perfusion la journée était qu'elle accepte de boire et de se nourrir par la bouche et que bien sûr elle accepte de prendre tous ses médicaments per os (par la bouche). Aude a bu plu de 200 cc de grenadine, de Fortini, de Coca et de yaourt sur la journée, a avalé quelques cacahouettes. dans l'après-midi.

Lorsqu'elle a compris que c'était sa tante Toune, la soeur de Vieng qui téléphonait pour annoncer sa visite dans la soirée, elle a hurlé de son lit pour lui réclamer d'apporter un potage aux nouilles de tradition laotienne ! Toutes les personnes présentes étaient stupéfaites

Aude s'est tant donnée pendant 2 heures qu'elle était ensuite épuisée et s'était rendormie lorsque nous avons rencontré un radiologue de l'institut Jules Bordet concernant une éventuelle radiothérapie pour Aude. De cet entretien, il semble peu probable que ce traitement ait lieu, en tous cas si la situation ne se dégrade pas. Ce traitement se justifierait surtout si le drain apparaissait bouché par une colonisation de cellules tumorales, ce qui n'est quasi certainement la cause des troubles de Aude depuis samedi. On peut en effet difficilement imaginer que des cellules se soient propagées assez vite pour boucher le nouveau drain mis en place début d'après-midi au point de provoquer l'hydrocéphalie catastrophique qui a conduit au remplacement de sa partie proximale et de la valve le lendemain à 6h00 du matin. Tout cela semble plutôt résulter de la viscosité des liquides céphalo-rachidien. Comme il est hors de question d'irradier tous les liquides et comme le cerveau de Aude a déjà reçu des doses très importantes d'irradiation il y a 3 ans (doses qui restent en mémoire dans l'organisme), il semble peu opportun de prendre le risque et d'imposer un traitement lourd de ce type à Aude, même à faible dose. Ceci aurait pu s'envisager si l'état critique dans lequel Aude se trouvait dimanche et lundi avait persisté ou s'était encore dégradé. Compte tenu de l'évolution favorable de son état, cela ne se justifie plus guère. Reste à espérer que le Témodal viendra à bout d'un maximum, osons croire à l'impossible,: de toutes les cellules qui rendent ces liquides visqueux.

Nous quittions le radiologue lorsque un camarades de classe de Aude est arrivé pour lui rendre visite. Aude n'avait toutefois pas encore récupéré et s'est montré beaucoup moins communicante qu'en début d'après-midi, ce qui se comprend.

 

Merci à la Twingo de notre amie Bénédicte qui s'est transformée pour la soirée en "Twingo Oriental Traiteur Express" et à Toune qui a permis de réaliser le voeu de Aude : la chambre s'emplit tout à coup d'odeurs de cusine asiatique dont Aude se régala de quelques cuillèrées goulues !

Vieng a été également réconfortée de ce repas préparé par sa soeur. Elle était si détendue et confiante que la nuit serait bonne pour Aude qu'à 22h00, contrairement à ce que nous avions initialement prévu, elle m'a proposé de rentrer à la maison.

C'est la première fois depuis le début de cette crise que nous ne restions pas tous les deux au chevet de Aude, tant notre crainte d'un dénouement vital était grand ces jours-ci.

Nous sommes bien sûr conscient que les médecins ont épuisés quasi toutes les solutions qu'ils pouvaient nous proposer pour lutter contre le médulloblastome de Aude. Ce soir, Aude ne quitte encore son lit que pour aller à la toilette, et il faut la soutenir sur le trajet. Sa mobilité reste donc très réduite. Sa vision est imparfaite, parfois double. Lorsqu'elle sourit, on voit qu'un de ses muscles ne fonctionne pas selon la symétrie qu'on lui connaissait. Elle reste allongée sur son lit dont le dossier est maintenu à 30 degrés minimum, pour favoriser l'écoulement des liquides céphalo-rachidiens, et cela, même dormir, ce qui n'est guère confortable. Et il encore bien d'autres sequelles que je n'énumérerai pas ce soir. Nous rendons malgré tout grâce à Dieu de ne pas avoir permis que Aude le rejoigne ce week-end et qu'elle soit encore avec tous ceux qui l'aiment sur la terre ce soir. Parce qu'il aurait vraiment été trop injuste que Aude parte des suites d'une opération exécutée samedi matin "pour éviter la propagation d'une infection de la plaie cicatricielle résultant de l'opération de la semaine précédente".

 

Dans l'Espérance,

 

Philippe et Vieng

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