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Mars 2004

Dimanche 21 mars 2004

5h45. Hydrocéphalie nocturne et nouvelle intervention matinale

 

4h45. Vieng me réveille en sursaut. Je me précipite dans la chambre. L'infirmière, Aude "dort toujours, il n'y a pas de modification de son état. Elle a juste appelé Aude tout doucement, pense que cela suffit pour juger de son état". Vieng a dû lui rétorquer que ce n'est plus possible, après autant d'heures, que Aude soit encore en train de cuver. Vieng essaye de réveiller Aude, elle ne répond pas, ne réagit ni à la voix, ni aux sollicitations de ses membres. Vieng est effondrée.

 

Vieng m'explique qu'elle a dû insister quand l'infirmière a fait son tour pour qu'elle accepte d'appeler le un neurochirgien. Mais le protocole veut que l'infirmière appelle d'abord la pédiatre de garde. Nous sommes dans la nuit de samedi à dimanche, il n'y a qu'une pédiatre et elle doit assurer le service dans plusieurs étages, elle s'occupe d'un accouchement ! Comme Vieng insiste, elle a appelé finalement le neurochirgien.

 

Aude ne réagit plus. Aude n'a toujours pas fait pipi.

 

4H55. La pédiatre arrive finalement. Aude a 13,5 de tension, 36°9 de température (mais elle reçoit du Prodafalgan, qui peut masquer une infection). Le docteur pense qu'il pourrait y avoir un phénomène de malaise, de douleur.

Elle n'a pas encore pris la mesure du drame. Aude ne se réveille pas, ne réagit à aucune sollicitation, ni voix, ni toucher, ni excitation de ses pupilles.

Elle organise un nouveau CT-Scan en accord avec le neurochirgien qu'elle a appelé. Comme on a déjà fait un CT-Scan dans la soirée, je demande si une RMI ne serait pas plus appropriée, puisque ce type d'image est plus précise.

 

 

 

5h10. La pédiatre parle d'administer du Vanidol ou Manidol, je ne sais, un médicament qui permet de comprimer les masses cérébrales en cas d'hydrocéphalie. "La RMI ne nous apporterait rien de plus qu'un scanner", nous affirme-t-elle, trop sûre d'elle pour que je puisse lui faire confiance. Elle nous envoie donc au scanner. Elle envisage enfin le fait que comme l'état de Aude a évolué défavorablement au cours de la nuit, il y a peut-être un mauvais engagement du drain.

 

Nous accompagnons immdiatement Aude en salle de radiologie, mais nous devons sortir pendant la prise de cliché. C'est l'une des rares fois, sinon la seule, depuis le début de la maladie de Aude que je ne peux pas l'accompagner. Aude ne réagit même pas à nos derniers bisous.

 

Vieng est effondrée, je ne parviens pas à pleurer. Je supporte difficilement l'attitude de l'équipe soignante à ce moment. Je suis révolté parce que personne ne nous écoute, alors que Vieng avait eu l'intuition de tout ce qui déroulait sans avoir vu de clichés depuis hier soir.

 

O Jésus, rend à ma fille toute son intégrité, toute son intelligence, son sourire, sa force de vivre. O Fils de David, aie pitié de nous.

 

5h15. Les portes s'ouvrent, la pédiatre déclare qu'une nouvelle hypertension intracranienne apparaît nettement sur les clichés. Les ventricules apparaissent dilatés.

On appelle le neurochirgien de garde (il était resté en attente chez lui jusque là), il faut intervenir, descendre aux soins intensifs pour suivre Aude. Je demande à voir les clichés à la pédiatre, j'attends. Elle s'esquive, part avec les clichés par une porte dérobée. Les écrans de radiologie ont été éteints. La confiance est rompue.

 

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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