4h45. Vieng me réveille en sursaut.
Je me précipite dans la chambre. L'infirmière,
Aude "dort toujours, il n'y a pas de modification de son
état. Elle a juste appelé Aude tout doucement,
pense que cela suffit pour juger de son état". Vieng
a dû lui rétorquer que ce n'est plus possible, après
autant d'heures, que Aude soit encore en train de cuver. Vieng
essaye de réveiller Aude, elle ne répond pas, ne
réagit ni à la voix, ni aux sollicitations de ses
membres. Vieng est effondrée.
Vieng m'explique qu'elle a dû insister
quand l'infirmière a fait son tour pour qu'elle accepte
d'appeler le un neurochirgien. Mais le protocole veut que l'infirmière
appelle d'abord la pédiatre de garde. Nous sommes dans
la nuit de samedi à dimanche, il n'y a qu'une pédiatre
et elle doit assurer le service dans plusieurs étages,
elle s'occupe d'un accouchement ! Comme Vieng insiste, elle a
appelé finalement le neurochirgien.
Aude ne réagit plus. Aude n'a toujours
pas fait pipi.
4H55. La pédiatre arrive finalement.
Aude a 13,5 de tension, 36°9 de température (mais
elle reçoit du Prodafalgan, qui peut masquer une infection).
Le docteur pense qu'il pourrait y avoir un phénomène
de malaise, de douleur.
Elle n'a pas encore pris la mesure du drame.
Aude ne se réveille pas, ne réagit à aucune
sollicitation, ni voix, ni toucher, ni excitation de ses pupilles.
Elle organise un nouveau CT-Scan en accord
avec le neurochirgien qu'elle a appelé. Comme on a déjà
fait un CT-Scan dans la soirée, je demande si une RMI
ne serait pas plus appropriée, puisque ce type d'image
est plus précise.
5h10. La pédiatre parle d'administer
du Vanidol ou Manidol, je ne sais, un médicament qui permet
de comprimer les masses cérébrales en cas d'hydrocéphalie.
"La RMI ne nous apporterait rien de plus qu'un scanner",
nous affirme-t-elle, trop sûre d'elle pour que je puisse
lui faire confiance. Elle nous envoie donc au scanner. Elle envisage
enfin le fait que comme l'état de Aude a évolué
défavorablement au cours de la nuit, il y a peut-être
un mauvais engagement du drain.
Nous accompagnons immdiatement Aude en salle
de radiologie, mais nous devons sortir pendant la prise de cliché.
C'est l'une des rares fois, sinon la seule, depuis le début
de la maladie de Aude que je ne peux pas l'accompagner. Aude
ne réagit même pas à nos derniers bisous.
Vieng est effondrée, je ne parviens
pas à pleurer. Je supporte difficilement l'attitude de
l'équipe soignante à ce moment. Je suis révolté
parce que personne ne nous écoute, alors que Vieng avait
eu l'intuition de tout ce qui déroulait sans avoir vu
de clichés depuis hier soir.
O Jésus, rend à ma fille toute
son intégrité, toute son intelligence, son sourire,
sa force de vivre. O Fils de David, aie pitié de nous.
5h15. Les portes s'ouvrent, la pédiatre
déclare qu'une nouvelle hypertension intracranienne apparaît
nettement sur les clichés. Les ventricules apparaissent
dilatés.
On appelle le neurochirgien de garde (il était
resté en attente chez lui jusque là), il faut intervenir,
descendre aux soins intensifs pour suivre Aude. Je demande à
voir les clichés à la pédiatre, j'attends.
Elle s'esquive, part avec les clichés par une porte dérobée.
Les écrans de radiologie ont été éteints.
La confiance est rompue.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng