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Mars 2004

Samedi 20 mars 2004 (note inédite)

Retrait du drain et mise en place d'un nouveau système complet en urgence

 

Lorsque vous je vous ai écrit ce samedi matin en vous informant que nous partions pour Erasme, je savais que toute infection de la plaie était à considérer comme un problème majeur, mais jamais je n'avais imaginé que cela allait nous entraîner dans un tel séisme.

9h00. Nous sommes arrivés. La pédiatre qui nous a reçu a alors (et alors seulement) appelé le neurochirurgien de garde. Comme une bonne heure était nécessaire avant qu'il n'arrive, elle nous a invité à aller faire un tour avec Aude pour ne pas que l'attente aux urgences soit trop longue.

Nous en avons donc profité pour aller faire un tour dans le hall d'accueil d'Erasme, où Aude a souhaité acheter un cadeau à la librairie pour chacun de ses frères "avec son argent de poche".

Nous sommes retournés ensuite dans la pièce des urgences qui nous avait été attribuée. Aude a commencé à dessiner des papillons avec ses pochoirs sur des petites feuilles préimprimées au motif de "Diddle" qu'elle avait reçue la veille en cadeau. Elle les a ensuite colorié et les a dédié à tous les membres du personnel médical et infirmier qu'elle allait rencontré.

10h00. Le neurochirurgien est arrivé. Il examine Aude. Par chance, c'était celui-la même qui avait examiné notre fille avant notre départ mardi et il était donc bien au courant de ce qui avait été fait la semaine précédente.

Dès son arrivée, il a examiné la plaie et pris la décision d'enlever les stéristips qui avaient été placés mardi pour tenter de refermer les berges de la plaie non cicatrisée qui s'étaient entr'ouvertes lorsque l'infirmière avait commencé d'enlever les fils placé lors de la première intervention de la semaine précédente.

Il a aussitôt constaté que la plaie n'était toujours pas cicatrisée 5 jours plus tard. Plus embêtant encore, la valve du drain était elle-même visible par l'ouverture de la plaie sous de la peau qui est très fine à cet endroit.

Compte tenu de la forte probabibilité que la plaie ne se cicatrise jamais, il allait falloir intervenir, enlever tout le système de drainage ! Si les berges de la peau ne se sont pas refermées, c'est en effet sans doute à cause de la pression de la valve à cet endroit, qui repousse la peau lorqu'elle se remplit et l'empêche ainsi de rester bien en place et de se cicatriser. Attendre, c'était se mettre sur un très mauvais parcours, compte tenu du risque infectieux très important à ne pas négliger.

Le suitement de la plaie au travers du pansement l'amenait à penser que l'infection, si infection il y avait de la plaie ouverte, était uniquement externe pour l'instant, mais le risque était évidemment très grand que cette infection atteigne les ventricules par la valve et la partie proximale du drain, provoquant chez Aude une ventriculite quasi impossible à gérer ensuite compte tenu de la complexité du dossier.

Quelles étaient les solutions envisageables ?

Asceptiser la plaie en salle d'opération sans toucher au drain drain ? Il allait aussitôt en parler avec les infectiologues, étudier comment opérer tout en se tenant le plus loin possible de l'infection. Mais il avoue aussitôt que la fois où cela a été tenté sur un autre patient, "on l'a regretté".

Enlever le drain et placer un système de drainage externe ? Le risque d'infection est grand. Si Aude entre en aplasie, "il y aura problème".

Enlever le drain et attendre 48 à 72 heures pour remettre un système en place ? Il faudra que Aude tienne le coup sans drainage. Si elle fait une hydrocéphalie pendant ce temps, le problème sera encore plus grand que dans le cas précédent, il faudra placer un système de drainage externe en urgence, et cela paraît fort risqué.

Attendre voir comment évolue l'infection ? Beaucoup trop risqué

Le docteur M. ne souhaite de toute façon pas prendre de décision seule et va en parler avec ses supérieurs hiérarchiques. Il revient de cette consultation avec l'avis du docteur P., son supérieur. Celui-ci pense que la meilleure solution consiste à mettre en place une nouvelle dérivation sur le côté gauche de Aude, en passant le plus loin possible du Port-a-cath au niveau du coeur (la fameuse petite boîte que les chirurgiens de l'Huderf avaient placé à Aude avant sa première chimiothérapie il y a presque un an et qui facilite la perfusion des drogues par la voie centrale) et, dans la même opération, à enlever tout le système en place actuellement et, en si les infectiologues l'estime nécessaire, à injecter des antibiotiques dans le liquide céphalo-rachidien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aude était remontée dans sa chambre et dormait depuis 5h00

J'étais rentré reprendre les garçons.

Vieng vient de me téléphoner et de me demander de remonter à Erasme ce soir : Aude ne va pas bien et a vomi 7 fois depuis qu'on lui a adminstré du Prodafalgan et des antibiotiques

 

Je suis resté avec Vieng au chevet de Aude toute la soirée. Curieusement, elle semblait ne pas émerger de son sommeil après l'opération de ce matin.

J'étais sur le point de quitter Vieng et Aude hier un peu avant 22h00, heure de la fermeture du service, lorsque Vieng me fit remarquer que si Aude réagissait encore aux stimulations à la douleur, elle

 

 

Hier soir à 21h40, Aude réagissait encore à la stimulation à la douleur. Vieng trouvait toutefois que Aude n'allait pas bien, que des complications se mettaient en place. Elle m'a demandé de rester quelques heures, puis de loger.

L'infirmière de nuit n'avait visiblement pas du tout pris la mesure de la catastrophe qui était en train de se mettre en place. Elle a insisté sur le caractère "exceptionnel" du fait qu'elle acceptait que nous restions tous les deux. L'étage est surchargé, il n'y avait pas de chambre disponible pour que nous soyons seuls avec Aude. Toujours ce problème institutionnel : un enfant comme Aude bénéficie du statu de pathologie lourde qui lui donne droit à une chambre privée au même tarif qu'une chambre commune à 2 ou 4 lits, mais il n'y a pas de chambre de ce type réservée dans les services de pédiatrie en Belgique. Avoir une chambre "à soi" dépend de l'état du service, pas de celui du patient.

 

Lorsque la pédiatre du soir part, Aude réagit un peu mieux à ses sollicitations, sans toutefois vraiment se réveiller. Elle pense que Aude cuve la morphine, les anesthésiant, elle récupère de toutes ses épreuves de la journée, elle est somnolente à cause de la progression de sa tumeur. Une explication que nous réfusons, compte tenu de l'état détendu de Aude ce matin juste avant de partir en salle d'opération.

 

Depuis que nous sommes remontés des soins intensifs, Aude partageait sa chambre avec une jeune fille de 16 ans, hospitalisée pour "un problème commun de pédiatrie". Pour ne pas déranger, j'ai donc été m'étendre dans la salle de jeu sur un tapis de sol, tandis que Vieng occupait le lit de camp réservé aux parents.

 

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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