Il y a des jours comme cela, où on
se demande si on a bien fait de sortir de son lit, si on aurait
pas mieux fait de se complaire dans les jardins secrets de ses
rêves, et cela, même si c'est la fête de Saint
Joseph, un père pas comme les autres du le calendrier.
Cette nuit avait déjà été
particulièrement pénible : Antoine a fait des cauchemars,
Xavier toussait, Aude était angoissée et s'est
relevée je ne sais combien de fois pour aller à
la toilette.
Le réveil pourtant n'avait pas oublié
: il fallait se lever à 6h00, histoire de se préparer
pour partir à 6H45 au plus tard pour aller à l'HUDERF,
où Aude devait avoir une séance de résonnance
à 8h00. Et comme tout le monde le sait, se rendre à
Bruxelles le matin un vendredi, c'est être à coup
sûr dans les bouchons et mettre 4 fois plus de temps que
normalement.
A 7h30, Vieng et moi étions prêts,
Cyrille avait eu son biberon matinal auquel il tient encore tant
et Aude se levait en réclamant son déjeuner. Parce
que, oui, elle avait faim et surtout pas envie de vomir. A peu
de chose prêt à la même heure, Bénédicte
arrivait d'Incourt pour garder les garçons et les conduire
à l'école pour 8H25. Mardi dernier, lorsque nous
étions rentrés de l'hôpital avec Aude et
que nous nous étions contentés d'aller dire bonsoir
à nos garçons, Antoine s'était mis devant
la porte chez "Béné" pour nous empêcher
de repartir, il avait fondu en larmes à notre départ.
Bénédicte avait donc proposé de les laisser
dormir à la maison ce jeudi soir et de se déplacer
elle-même tôt le matin pour venir les prendre en
charge.
Pour une fois, tout se passait comme prévu,
Antoine faisait un beau sourire en entendant la voix de son institutrice,
Xavier dormait encore lorsque nous sommes partis quasi à
l'heure prévue.
Sur la route, nous avons rencontré
les bouchons pressentis, nous avons gardé notre calme,
apaisés par les chants d'Espérance de Jean-Claude
Gianada. Nous avons choisi de foncer à l'HUDERF en passant
par le centre de Bruxelles et nous sommes arrivés pile
à l'heure à l'hôpital.
Pendant que je garais la voiture, Vieng est
monté au premier étage, où devait avoir
lieu l'opération. Quand à moi, je suis passé
par le service de prélèvement sanguin chercher
2 flacons en vue de faire prélever du sang à Aude
en même temps qu'on lui injecterait du produit de contraste
pendant l'IRM.
Oui, mais voilà, il y avait un imprévu.
En arrivant à l'étage, je me retrouve nez à
nez avec Vieng et Aude au sortir de l'ascenseur : "Aude
n'était plus inscrite pour aujourd'hui, elle avait été
décalée à mardi prochain à 10h00,
il n'était pas possible de l'intercaler aujourd'hui".
Et on ne nous avais pas prévenu ! Tout ce qu'il faut pour
vous donner l'envie de jurer un bon coup !
Après un bref passage par le bureau
des infirmières en oncologie (ou ce qu'il en reste, puisque
celles-ci occupent maintenant une chambre pour leurs réunions,
compte tenu des travaux en cours pour leur aménager de
nouveaux locaux), nous avons décidé de rentrer
au plus vite à Ottignies et d'y aller plus tard faire
le prélèvement de sang de Aude à l'hôpital
Saint-Pierre, l'hôpital local.
Nous commencions à regretter de nous
être levé si tôt lorsque, dans la voiture,
Aude a demandé à notre plus grande surprise pour
pouvoir aller à l'école une heure le matin. Dois-je
écrire que Vieng était si surprise qu'elle a demandé
plusieurs fois à Aude si c'était bien son intention
et si elle s'en sentait vraiment la force, après la mauvaise
nuit qu'elle venait de passer ?
Aude a rétorqué qu'on pouvait
toujours essayé et que si elle avait mal à la tête
ou vomissait, elle demanderait aux professeurs de nous appeler.
Que répondre à cela ?
Vieng n'était toujours pas très
convaincue de cette idée. Elle a proposé qu'on
passe alors aussitôt à Saint-Pierre faire la prise
de sang, histoire de savoir au plus vite si Aude était
en aplasie.
Au sortir de Saint-Pierre, Vieng doutait encore
que Aude allait avoir la force d'aller à l'école.
Elle a proposé à Aude de repasser d'abord à
la maison pour manger. Aude ne s'est même pas fait prier
pour avaler un petit bol de lait aux céréales enrobées
de chocolat.
Pouvait-on dans ces conditions s'opposer à
l'idée de notre fille ? Non, bien sûr ! Nous avons
donc conduit Aude à l'école. Il était 11h00
environ. Pas de chance : dans sa classe, il n'y avait que 2 stagiaiares
et un instituteur, tous les élèves étant
partis nagé à la piscine. Qu'à cela ne tienne,
Aude n'avait plus envie de tourner en rond à la maison,
elle a accepté la proposition des stagiaires et est restée
avec eux (voir planche photos)
Nous étions si surpris que nous avons
mis du temps à mesurer le bonheur qui nous était
donné ce matin.
A midi, lorsque nous avons repris nos enfants
à l'école, Aude était épuisée,
mais heureuse.
A peine arrivée à la maison,
elle s'est étendue sur son lit et s'est endormie. Dire
que j'ai cru un instant que j'aurais mieux fait de rester au
lit ce matin.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng