Prends la route mais laisse-toi
façonner par le chemin,
car c'est le chemin qui fait l'homme
Aude et Vieng dorment sous notre toit lorsque
je vous écris ces lignes. Il a toutefois bien failli en
être tout autrement ce soir, après une après-midi
pas tout à fait aussi aisée qu'entrevue ce matin.
Mais reprenons les choses dans leur ordre
chronologique.
Lorsque je suis arrivé à l'hôpital
en début d'après-midi, Aude venait de s'endormir,
après une matinée très active. Elle n'avait
pas vomi depuis hier et elle ne vomira d'ailleurs pas de la journée.
Profitant de ce répis, Vieng m'a invité
à l'accompagner au restaurant de l'hôpital où
elle devait aller chercher un plateau "self-service"
pour Aude conformément à une proposition que lui
avait faite la diététicienne, qui a décidemment
bien veillé sur notre fille durant son séjour à
Erasme.
Nous sommes remontés avec un plateau
de frites et de calamars grillés, accompagné de
légumes, ainsi qu'un plateau pour nous-mêmes.
Nous venions de terminer de prendre notre
repas seuls dans la salle de jeu, contiguée à la
chambre de Aude, lorsque les clowns sont arrivés dans
le couloir. Les avait-elle entendus ? Notre chérie s'est
réveillée en même temps et a participé
très activement à l'animation proposée,
comme en témoigne quelques photos. Faut-il rappeler que
mardi dernier, elle avait boudé cette activité
?

Une fois les clowns sortis, Aude a réclamé
à manger ! Quelle surprise !
Elle a non seulement mangé quelques
frites, mais a aussi apprécié quelques calamars !
Quelle progrès !
Quel bonheur de voir Aude apprécier
un aliment complet et non pas une minuscule bouchée !
S'il fallait reproduire sa progression statistique en terme d'alimentation
simplement sur les dernières 48 heures, le pic serait
impressionnant !
Nul doute, Aude avait retenu qu'il fallait
qu'elle mange si elle voulait pouvoir rentrer à la maison
.
Nous avons ensuite commencé à
ranger et à embarquer ses affaires. Il ne manquait en
effet plus qu'un accord, celui du neurochirurgien qui a opéré
Aude, pour qu'elle puisse rentrer à la maison.
Tout était fin prêt, certains
colis déjà chargés dans le coffre de la
voiture Mais il manquait toujours l'accord définitif et
une infirmière devait enlever les fils de la plaie.
Nouveau coup du sort : en retirant les fils,
l'infirmière remarqua que la plaie n'était pas
encore cicatrisée comme elle aurait dû !
Le problème, c'est que Aude vient de
terminer la prise de Témodal pendant 5 jours et que ses
paramètres sanguins indiquaient hier qu'elle pourrait
être bientôt en aplasie. En d'autre terme, si jamais
cette plaie s'infecte, Aude risque de ne plus avoir aucune défense
immunitaire pour faire face. Et bien sûr, une infection
sur une plaie neurochirurgicale, ce n'est pas un petit bobo !
En accord avec le pédiatre, immédiatement
interpellé, l'infirmière a refermé la partie
ouverte de la plaie avec 2 séristyps.
Un assistant neuro-chirurgien est venu aussitôt
examiner la plaie. Il faut à tout prix éviter à
Aude des chocs, éviter tout frottement de la peau qui
tirerait sur les bords de la plaie, éviter toute source
d'inflammation.
L'assistant neurochirgien ne verrait pas d'inconvénient
à ce que Aude rentre à la maison, il comprent que
ce serait un choc psychologique de la garder à l'hôpital,
qui plus est, au grand minimum 48 heures, sans doute plus. Mais
il a un supérieur, il doit en référer à
celui-ci. Et celui-ci, évidemment craint des complications,
des ennuis si on laisse Aude rentrer à la maison. Alors
il s'oppose à son départ, il veut que Aude reste
hospitalisée, même si cela doit perturber le service
de chirurgie pédiatrique. A moins que nous, parents, nous
ne lui signons une décharge, qui l'exonérerait
de toutes poursuites en cas de pépins.
Nous discutons la situation avec les médecins.
Ils déclarent qu'il est impossible de prévoir comment
cela va évoluer. Si on est prudent, il n'y a pas de raisons
que la plaie s'infecte, il faut attendre 48 heures au moins que
la plaie se referme mieux et ensuite, le risque d'infection sera
plus faible, plus proche du cas d'école. La plaie est
couverte par un gros pansement carré, qui fait barrières
aux microbes. Si un suintement apparaît au travers de celui-ci,
aussi infime soit-il, il faut appeler le neurochirgien de garde.
Sinon ? Sinon, il faut rester là et, sans en faire une
phobie, avoir un oeil de temps en temps sur la plaie. Si cela
s'infecte, par contre, les neurochirgiens seront face à
un sérieux problème et il faudra réagir,
prendre des décisions. Il serait de toute façon
trop dangereux de toucher à la plaie pour remettre de
nouveaux fils là où la plaie n'est pas cicatrisée.
On risquerait plus d'apporter de l'infection que de protéger
la cicatrice contre l'infection.
Moralement, il aurait été trop
dur de demander à Aude, qui avait enlevé avec moi
tous les décors de sa chambre, de se réinstaller
dans son lit pour plusieurs jours. Alors nous avons demandé
pour signer une décharge. Vieng et moi n'avons pas longtemps
hésité. En parfaite entente avec les médecins,
nous avons convenu que Aude allait rentrer avec nous à
la maison, que Vieng surveillerait la plaie (elle aurait sûrement
agi de même si elle restait à l'hôpital) et
qu'au moindre doute, au moindre suintement du pansement, nous
téléphonerions au service d'urgence de l'hôpital
et que nous foncerions vers Erasme avec Aude. De toute manière,
si Aude restait hospitalisée, le temps nécessaire
à l'analyse du dossier et à la mise en place d'une
équipe d'intervention ad hoc serait à peu de chose
près équivalent à celui nécessaire
à faire le trajet vers Erasme depuis Ottignies. Le seul
avanatage réel d'être à l'hôpital est
de réduire les risques d'incident, de chute, d'accident.
Même Aude a tenu à apposer sa
signature sur le précieux papier pour les médecins.
Ils sont donc couverts et Aude, trop heureuse de pouvoir rentrer
à la maison. A nous d'être à la hauteur et
hyper vigilant, et cela, au minimum durant les prochaines 48
heures.
Il était 18h00 lorsque nous avons atteint
la rue du Stimont.
Pour éviter tous soucis avec les garçons
durant la nuit, si on devait retourner en urgence à l'hôpital,
j'ai convaincu Vieng de confier à Bénédicte
le soin de les garder jusque demain, comme elle l'avait gentillement
proposé. N'étaient-ils pas déjà chez
elle à Incourt depuis la fin de l'école cet après-midi
?
Cette idée fut dure à accepter
autant pour Vieng et Aude que pour nos garçons. Cela se
comprend évidemment, cela fait si longtemps qu'on ne s'était
plus retrouvé tous les six à la maison. Mais sincèrement,
il était plus sage de prévoir le pire au cours
de la nuit et de se tenir prêt à retourner à
Erasme en urgence, sans avoir encore à gérer la
garde des garçons.
Aude était fatiguée, nous avons
même hésité à faire ce trajet ensemble,
mais jamais elle n'aurait pas pu aller dormir sans revoir ses
frères et leur montrer qu'elle n'était plus à
l'hôpital !
Contre mauvaise fortune bon coeur, nous nous
sommes contentés d'aller jusque Incourt dire bonsoir aux
garçons avant de revenir sur nos pas à la maison,
sans Xavier, Antoine et Cyrille, que nous irons évidemment
retrouver demain à l'école dans la matinée.
Les garçons dorment donc en ce moment
chez Bénédicte, tandis que Vieng et Aude dorment
à la maison.
Quant à moi, je fais patienter le marchand
de sable à mes côtés pour vous donner ces
dernières nouvelles. Voilà qui est fait.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng
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