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Mars 2004

Mardi 16 mars 2004

Quand le sort s'acharne !

 

Prends la route mais laisse-toi 
façonner par le chemin, 
car c'est le chemin qui fait l'homme

Aude et Vieng dorment sous notre toit lorsque je vous écris ces lignes. Il a toutefois bien failli en être tout autrement ce soir, après une après-midi pas tout à fait aussi aisée qu'entrevue ce matin.

Mais reprenons les choses dans leur ordre chronologique.

 

Lorsque je suis arrivé à l'hôpital en début d'après-midi, Aude venait de s'endormir, après une matinée très active. Elle n'avait pas vomi depuis hier et elle ne vomira d'ailleurs pas de la journée.

Profitant de ce répis, Vieng m'a invité à l'accompagner au restaurant de l'hôpital où elle devait aller chercher un plateau "self-service" pour Aude conformément à une proposition que lui avait faite la diététicienne, qui a décidemment bien veillé sur notre fille durant son séjour à Erasme.

Nous sommes remontés avec un plateau de frites et de calamars grillés, accompagné de légumes, ainsi qu'un plateau pour nous-mêmes.

Nous venions de terminer de prendre notre repas seuls dans la salle de jeu, contiguée à la chambre de Aude, lorsque les clowns sont arrivés dans le couloir. Les avait-elle entendus ? Notre chérie s'est réveillée en même temps et a participé très activement à l'animation proposée, comme en témoigne quelques photos. Faut-il rappeler que mardi dernier, elle avait boudé cette activité ?

Une fois les clowns sortis, Aude a réclamé à manger ! Quelle surprise !

Elle a non seulement mangé quelques frites, mais a aussi apprécié quelques calamars ! Quelle progrès !

Quel bonheur de voir Aude apprécier un aliment complet et non pas une minuscule bouchée ! S'il fallait reproduire sa progression statistique en terme d'alimentation simplement sur les dernières 48 heures, le pic serait impressionnant !

Nul doute, Aude avait retenu qu'il fallait qu'elle mange si elle voulait pouvoir rentrer à la maison

.

Nous avons ensuite commencé à ranger et à embarquer ses affaires. Il ne manquait en effet plus qu'un accord, celui du neurochirurgien qui a opéré Aude, pour qu'elle puisse rentrer à la maison.

Tout était fin prêt, certains colis déjà chargés dans le coffre de la voiture Mais il manquait toujours l'accord définitif et une infirmière devait enlever les fils de la plaie.

Nouveau coup du sort : en retirant les fils, l'infirmière remarqua que la plaie n'était pas encore cicatrisée comme elle aurait dû !

Le problème, c'est que Aude vient de terminer la prise de Témodal pendant 5 jours et que ses paramètres sanguins indiquaient hier qu'elle pourrait être bientôt en aplasie. En d'autre terme, si jamais cette plaie s'infecte, Aude risque de ne plus avoir aucune défense immunitaire pour faire face. Et bien sûr, une infection sur une plaie neurochirurgicale, ce n'est pas un petit bobo !

En accord avec le pédiatre, immédiatement interpellé, l'infirmière a refermé la partie ouverte de la plaie avec 2 séristyps.

Un assistant neuro-chirurgien est venu aussitôt examiner la plaie. Il faut à tout prix éviter à Aude des chocs, éviter tout frottement de la peau qui tirerait sur les bords de la plaie, éviter toute source d'inflammation.

L'assistant neurochirgien ne verrait pas d'inconvénient à ce que Aude rentre à la maison, il comprent que ce serait un choc psychologique de la garder à l'hôpital, qui plus est, au grand minimum 48 heures, sans doute plus. Mais il a un supérieur, il doit en référer à celui-ci. Et celui-ci, évidemment craint des complications, des ennuis si on laisse Aude rentrer à la maison. Alors il s'oppose à son départ, il veut que Aude reste hospitalisée, même si cela doit perturber le service de chirurgie pédiatrique. A moins que nous, parents, nous ne lui signons une décharge, qui l'exonérerait de toutes poursuites en cas de pépins.

Nous discutons la situation avec les médecins. Ils déclarent qu'il est impossible de prévoir comment cela va évoluer. Si on est prudent, il n'y a pas de raisons que la plaie s'infecte, il faut attendre 48 heures au moins que la plaie se referme mieux et ensuite, le risque d'infection sera plus faible, plus proche du cas d'école. La plaie est couverte par un gros pansement carré, qui fait barrières aux microbes. Si un suintement apparaît au travers de celui-ci, aussi infime soit-il, il faut appeler le neurochirgien de garde. Sinon ? Sinon, il faut rester là et, sans en faire une phobie, avoir un oeil de temps en temps sur la plaie. Si cela s'infecte, par contre, les neurochirgiens seront face à un sérieux problème et il faudra réagir, prendre des décisions. Il serait de toute façon trop dangereux de toucher à la plaie pour remettre de nouveaux fils là où la plaie n'est pas cicatrisée. On risquerait plus d'apporter de l'infection que de protéger la cicatrice contre l'infection.

Moralement, il aurait été trop dur de demander à Aude, qui avait enlevé avec moi tous les décors de sa chambre, de se réinstaller dans son lit pour plusieurs jours. Alors nous avons demandé pour signer une décharge. Vieng et moi n'avons pas longtemps hésité. En parfaite entente avec les médecins, nous avons convenu que Aude allait rentrer avec nous à la maison, que Vieng surveillerait la plaie (elle aurait sûrement agi de même si elle restait à l'hôpital) et qu'au moindre doute, au moindre suintement du pansement, nous téléphonerions au service d'urgence de l'hôpital et que nous foncerions vers Erasme avec Aude. De toute manière, si Aude restait hospitalisée, le temps nécessaire à l'analyse du dossier et à la mise en place d'une équipe d'intervention ad hoc serait à peu de chose près équivalent à celui nécessaire à faire le trajet vers Erasme depuis Ottignies. Le seul avanatage réel d'être à l'hôpital est de réduire les risques d'incident, de chute, d'accident.

Même Aude a tenu à apposer sa signature sur le précieux papier pour les médecins. Ils sont donc couverts et Aude, trop heureuse de pouvoir rentrer à la maison. A nous d'être à la hauteur et hyper vigilant, et cela, au minimum durant les prochaines 48 heures.

 

Il était 18h00 lorsque nous avons atteint la rue du Stimont.

Pour éviter tous soucis avec les garçons durant la nuit, si on devait retourner en urgence à l'hôpital, j'ai convaincu Vieng de confier à Bénédicte le soin de les garder jusque demain, comme elle l'avait gentillement proposé. N'étaient-ils pas déjà chez elle à Incourt depuis la fin de l'école cet après-midi ?

Cette idée fut dure à accepter autant pour Vieng et Aude que pour nos garçons. Cela se comprend évidemment, cela fait si longtemps qu'on ne s'était plus retrouvé tous les six à la maison. Mais sincèrement, il était plus sage de prévoir le pire au cours de la nuit et de se tenir prêt à retourner à Erasme en urgence, sans avoir encore à gérer la garde des garçons.

Aude était fatiguée, nous avons même hésité à faire ce trajet ensemble, mais jamais elle n'aurait pas pu aller dormir sans revoir ses frères et leur montrer qu'elle n'était plus à l'hôpital !

Contre mauvaise fortune bon coeur, nous nous sommes contentés d'aller jusque Incourt dire bonsoir aux garçons avant de revenir sur nos pas à la maison, sans Xavier, Antoine et Cyrille, que nous irons évidemment retrouver demain à l'école dans la matinée.

Les garçons dorment donc en ce moment chez Bénédicte, tandis que Vieng et Aude dorment à la maison.

Quant à moi, je fais patienter le marchand de sable à mes côtés pour vous donner ces dernières nouvelles. Voilà qui est fait.

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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