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Mars 2004

Lundi 15 mars 2004

Le traitement et vos prières portent du fruit !

 
Prends la route mais laisse-toi 
façonner par le chemin, 
car c'est le chemin qui fait l'homme

Depuis mon mail de ce matin, Aude n'a plus plus vomi. Vieng m'a précisé que si Aude avait vomi la nuit et le matin, elle avait malgré tout passé une nuit plus paisible que les précédentes, avec des douleurs à la tête moindres.

La prise de sang effectuée le matin indiquait 0 de CRP, ce qui indique que le corps ne luttait plus contre une inflammation. Les neutrophiles commençaient à descendre, ce qui est normal vu la chimiothérapie, mais étaient encore de 1500, ce qui est indique que Aude n'était pas encore en aplasie. Les globules blancs étaient au double de cette valeur.

Lorsque je suis arrivé vers midi avec Georges, un ami de longue date, Vieng était heureuse de nous annoncer que Aude était en meilleure forme et qu'elle s'était maintenue sans se recoucher de la matinée. La télévision était allumée dans la chambre et Aude ne demandait pas de l'éteindre comme c'était le cas depuis une semaine. Par bonheur pour nous, l'enfant qui devait partager la chambre de Aude était monté dans un autre étage pour des soins et devait y rester jusque demain. Aude a donc pu organiser toute la journée à sa guise en notre présence.

Nous avons eu un très long entretien avec le pédiatre du service qui suit Aude depuis son arrivée en urgence. Il ne pense pas possible d'administrer à Aude une alimentation perentérale, cela supposerait de l'inscrire dans un autre programme hospitalier pour plusieurs jours. Il pense que l'HUDERF, qui est spécialisé en oncologie, serait donc mieux à même de le faire que le service de chirurgie dans lequel nous sommes. Il insiste sur le souci que son équipe se fait de la non-alimentation de Aude et a bien pris la mesure du fait qu'elle ne mange rien, ne garde rien dans son estomac. Il rejoint les propos du neurochirurgien qui a opéré Aude pour expliquer les vomissements par l'hypotension brusque des masses cérébrales et pense que cela pourrait durer une quinzaine de jours. Il n'est bien sûr pas certain que cela ne dépende pas aussi de l'irritation provoquée par la dissémination de la tumeur. Un estomac à jeun fabrique de l'acétone, l'acétone fait vomir Nourrir par sonde ne changerait rien à ce processus. Vieng a observé que Aude vomissait lorsqu'on lui administrait du Zantac et lors de rinçage de la perfusion après l'administration de médicaments. Elle en a déduit qu'on administrait trop rapidement certaines substances par la perfusion via le porth-a-cath et demandé que les infirmières réduisent le débit utilisé, souvent rapide "pour gagner du temps".

Le pédiatre est aussi d'accord avec l'idée de Vieng d'essayer d'interrompre cet après-midi l'administration de Prodafalgan qui était systématique depuis plusieurs jours, afin de voir comment Aude le supporterait maintenant qu'elle se plaignait moins de douleurs. Il pense que Aude ne pourra sortir que si elle se remet à s'alimenter (nous insistons pour Aude l'entende bien). Dans le cas contraire, il faudra la transférer à l'HUDERF pour être suivie sur ce point. En pratique, on enlèvera les fils demain, mais Aude devrait subir une prise de sang mercredi, prise de sang de contrôle de son état aplasique au terme des 5 jours d'administration du Temodal. En ce qui concerne l'imagerie IRM de la moelle épinière, Aude est toujours inscrite à l'HUDERF le 19 mars, vendredi, à 8h00 le matin. Il n'est pas impossible que ce rendez-vous soit avancé, mais pas certain non plus. L'idée retenue est donc pour le moment que Aude resterait à Erasme jusque mercredi et rejoindrait l'HUDERF à ce moment pour la prise de sang. Ce serait à cette institution de décider du suivi alimentaire de Aude.

Pendant tout le temps de cette discussion, Aude reste bien éveillée, "confortable", et a joué à des jeux de société avec "tonton Georges", puis a demandé pour aller se promener dans le couloir.

Aude a reçu son Témodal après cette discussion. Comme les jours précédents, Vieng a brisé le comprimé et l'a dissous dans une seringue de grenadine. Comme les jours précédents, elle a craint que Aude ne vomisse et ne rejeète une partie de la drogue qu'on essayait de lui administrer. Bien sûr, Aude reçoit aussi du Zofran comme antihémétique, mais cela n'avait pas empeché Aude de vomir les jours précédents près de 2 heures après l'administration du comprimé.

Mais aucun drame ne s'est produit. Au contraire, tout l'après-midi, Aude a témoigné d'une même forme, passant d'un jeu à un autre, d'une sortie à une autre activité, d'un dessin à un bricolage. Certes, Aude était encore loin d'être au top niveau, mais pour la première fois depuis la crise de lundi, je retrouvais les grands traits du caractère de Aude, son esprit vif, enjoué, un peu frondeur, attentive aux autres. Les manifestations cérébelleuses étaient nettement moins prononcées qu'hier encore : tremblements, vertiges, troubles d'attention et de mémoire se faisaient fort heureusement plus discrets. Et surout, plus aucun vomissement, aucune plainte, aucun comportement dépressif, fini la fatigue, l'atonie permanente qui présidait son état depuis une semaine. Aude s'est montrée très attentive à la venue d'un papi conteur et n'a rien perdu de l'histoire de Simon et de la sorcière.

Vieng et moi n'en revenions pas des progrès accomplis depuis la veille. Et le médecin de nous rappeler que Aude avait un comportement en dent de scie depuis une semaine, comme s'il était sûr que cela ne pouvait durer.

Pour la première fois depuis bien longtemps, Vieng était tellement en confiance qu'elle a accepté de confier Aude à tonton Georges et à m'accompagner le temps de quelques courses dans un magasin accolé à l'extérieur de l'hôpital pour y acheter des bonbons, du chocolat, des pizzas, des cacaouettes, toutes sortes d'aliments que nous savions que Aude aimait et que nous espérions parvenir enfin à lui faire avaler au plus vite, ne serait-ce qu'en petite quantité.

En début de soirée, Bénédicte a amené Xavier, Antoine et Cyrille à l'hôpital. Voilà une semaine que les 2 grands n'avaient plus vu ni leur maman, ni leur soeur. Ils se sont précipités sur les jeux disponibles au chevet de Aude, mais surtout, ont incité Aude par leur exemple à avaler quelques bouchées de pizzas et de "carambars", avant de reprendre la route de la maison avec moi pour la nuit.

Lorsque nous quitterons Aude en début de soirée, elle n'avait toujours pas succombé à la moindre fatigue et à la moindre faiblesse.

A 22h00, Vieng m'a téléphoné pour prendre des nouvelles de la température de Cyrille et s'assurer que nous étions bien rentrés : Aude ne s'était toujours pas recouchée et demandait toujours à jouer au "Memory des lettres"!

Rendons grâce à Dieu qui nous a délivré de notre fardeau aujourd'hui. Face à un médulloblastome qui récidive, il nous faut rester réaliste : que pouvons-nous humainement espérer de mieux ? Comme nous l'écrivait un ami médecin, très au fait du dossier de Aude, "Le programme de soin que vous me décrivez me semble parfaitement adapté, poussant au maximum les limites de notre savoir médical... Vous devez penser en terme de maximum de "confort" et de "qualité de vie pour Aude" plutôt qu'en terme de soins extraordinaires qui vous décevraient et feraient souffrir Aude sans autre résultat. Je crois néanmoins que le Temodal est un très bon choix thérapeutique. Vous avez déjà fait presque l'impossible pour Aude, je crains beaucoup qu'il faille vous résigner sur le plan vital tout en continuant à l'entourer comme vous l'avez fait jusqu'à maintenant. L'amour que vous avez pour Aude passe aussi par le refus du piège d'un certain acharnement thérapeutique; mais je pense que vous êtes parfaitement entouré sur le plan médical pour éviter ce dérapage."

Oserais-je ajouter que je suis sûr que nous sommes très bien entouré par tous les liens d'amitiés et les prières qui nous unissent à tous ceux qui nous soutiennent dans notre épreuve, sur la terre comme dans le Ciel. Avez-vous remarqué comme Dieu nous enseigne l'unité des coeurs au travers de cette souffrance. C'est là pour nous un des signes indéniables de Sa présence miséricordieuse parmi nous. Qui, sinon son Esprit, pourrait réunir autant d'étrangers dans la prière pour une "banale" petite fille atteinte d'un cancer ? Continuons donc à prier pour que la volonté de Dieu soit faite pour Aude et notre famille, pour Sa plus grande Gloire et non la nôtre, même si, comme parents, nous souhaitons défendre la vie de nos enfants envers et contre tout.

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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