[page 463]
L'attrait de Thérèse
pour la souffrance connaît une intensité variable
liée à son expérience spirituelle et à
la maturation de sa personne. "C'est ce que Dieu fait qu'elle
aime".
[...]
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[Thérèse] a
accepté avec une égale reconnaissance les contours
de l'existence, douloureux et joyeux. Ce qui lui importe avant
tout, c'est d'aimer Jésus, d'être à Lui,
dans la joie comme dans la peine... Thérèse est
livrée corps et âme au Christ, au mystère
de Pâques, en tant qu'il s'accomplit dans 'aujourd'hui
de sa vie personnelle.
[...]
Le discours thérésien
sur la souffrance exprime l'expérience d'une libre immersion
dans l'oeuvre de la Rédemption accomplie par la Pâque
du Christ, mystère du rejaillissement de la vie sauvée
et engendrée par les abaissements d'amour et de souffrance
du Fils de Dieu, sa Passion et sa Mort sur la Croix.
[...]
La rédemption par le
Sang du Crucifié est essentiellement le mystère
de l'amour divin en acte dans la condition humaine.
[...]
Si l'amour et la joie de Pâques
sont inscrits au coeur même du mystère du Salut,
la souffrance et la déchirure de l'amour rédempteur
enveloppent et traversent tout autant la trame de son accomplissement.
A la suite du Christ, identique est la voie des hommes qui y
adhèrent et y collaborent, tout particulièrement
celles et ceux qui participent au témoignage suprême,
le martyrium de la croix du Christ. Par leur union christopascale,
leur souffrance et leur mort reçoivent une valeur et une
force rédemptrice. Ayant pris possession de leur être,
c'est en eux que le Christ continue à vivre et à
répandre le mystère de sa Pâque, son amour
rédempteur.
[...]
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Prises en elle-mêmes,
la souffrance et l'épreuve sont ambivalentes. Non assumées
dans l'amour, elles peuvent être stériles, écraser
l'homme et le jeter dans le désespoir. C'est l'amour,
ferment de joie et d'espérance, et lui seul, qui confère
à la souffrance, à toute épreuve, cet étrange
pouvoir d'assainissement et de fertilisation de l'existence...
Si la souffrance purifie et libère, si elle dilate les
énergies de l'amour, l'amour, en retour, sauve la souffrance
de son ambiguité native. Il lui confère une visée
et une vertu rédemptrice; C'et dans l'amour et uniquement
dans l'amour que la douleur ouvre l'homme à plus que lui-même.
[...]
Suivant que l'amour l'habite
ou non, la douleur humaine descent de la croix ou monte de l'enfer.
[...]
[page 471]
Loin de l'assimiler à
un châtiment divin, Thérèse envisage la souffrance
comme une opportunité d'union plus profonde, plus pure
à Jésus et en conséquence de cette union,
comme une occasion de fécondité spirituelle.
[...]
Sa conduite dans la souffrance,
guidée par l'amour, et son désir de "faire
plaisir à Jésus" lui apprennent la valeur
rédemptrice de la souffrance et de l'épreuve.
[...]
Thérèse, consciente
de la richesse d'un tel mystère, n'hésite pas à
le louer comme un insigne privilège des humain, un point
de supériorité sur les anges. La souffrance unie
à l'amour regarde le don absolu de l'amour. Seule la mort
est la forme infinie que, dans leur finitude, des êtres
de chair et de sang peuvent donner au langage qui cherche à
dire vraiment l'amour.
[...]
"Vivre d'Amour, Ce
n'est pas sur la terre, Fixer sa tente au sommet du Thabor,
Avec Jésus, c'est gravir
le Calvaire, c'est regarder la Croix comme un Trésor !
Au Ciel, je dois vivre de jouissance
Alors l'épreuve aura fui pour toujours. Mais exilée je veux dans la souffrance vivre
d'Amour".
[...]
La souffrance apparaît
à Thérèse comme la possibilité suprême
de la nature humaine. Et Dieu lui même a pour ce motif
revêtu cette nature, pour donner à l'amour une expression
que, dans sa nature divine au ciel, il ne pouvait pas lui donner...
Conjugués ensemble amour et souffrance prirent un étrange
et mutuel enchissement. L'amour dilate à l'infini ses
capacités fertilisantes et les traits rebutants de la
souffrance en deviennent aimables, attrayants.
[...]
[page 474]
Communier aux souffrances
du Christ, c'est donc vivre en symbiose avec l'extrême
de l'amour manifesté en sa passion.
[...]
Thérèse comprend
combien la souffrance est une introductrice efficace auprès
du mystère de Jésus et de sa mission rédemptrice.
[...]
[page 475]
En définitive, ce que
Thérèse aime dans la souffrance, c'est sa capacité
d'ouvrir l'âme, en vérité et avec une plus
grande pureté, à l'intimité de l'Epoux rédempteur,
de l'unir à lui et, partant, de l'associer à son
oeuvre de salut universel.
[...]
"Offrons biens nos
souffrances à Jésus, pour sauver les âmes".
[...]
"La souffrance de
Jésus ne justifie ni ne sacralise la souffrance, elle
ne fait pas d'elle un bien, elle en tarit la perversité
pour en tirer un bien. En Jésus, la souffrance n'est ni
désir malsain, ni prouesse triomphante; elle est un accueil
humble et obéissant, sans plainte ni récrimination;
elle est prière au plus profond de l'abandon; elle est
pardon pour les bourreaux, intercession et propitiation. C'est
pourquoi, après la croix, le terme même de souffrance
a changé de sens dans le langage chrétien. Par
une métonymie, dont il faut rester conscient, elle désigne
désormais l'amour souffrant, l'amour manifesté
par le Christ souffrant et l'amour qui veut être avec le
Christ souffrant Tel est le Pathos de la Croix inauguré
par Paul, désirant communier aux souffrances du Christ
et lui devenir semblable dans la mort (Ph 2, 10). Cette métonymie
appartient au discours chrétien et elle a traversé
la tradition. Les textes splendides auxquels elle a donné
lieu peuvent devenir insoutenables si on les lit en court-circuit"
(Extrait de Bernard SESBOUE, Jésus-Christ, l'Unique
médiateur, Essai sur la rédemption et le salut,
Paris, Desclée, Collection "Jésus et Jésus-Christ",
33, 1988, 392 p.
[...]
La souffrance du juste est
toujours féconde en vie éternelle.