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Mars 2004

Vendredi 12 mars 2004

22h36. Méningite carcinomateuse et première cure de Témodal.

 
Prends la route mais laisse-toi 
façonner par le chemin, 
car c'est le chemin qui fait l'homme

Je suis rentré à la maison et après avoir mis au lit nos 3 garçons, je m'empresse de vous écrire ce petit mot. Il est tard et mes idées ne sont plus très claires après une journée aussi longue et pénible que celle de lundi, l'une des plus difficile que nous ayons vécu depuis le début de la maladie de Aude.

 

Aude a en effet vomi de manière répétitive depuis hier soir, laissant craindre le pire sur l'efficacité du drain mis en place lundi.

L'équipe médicale qui suit Aude a donc fort logiquement programmé un sanner de contrôle ce matin, ce que Vieng m'a confirmé vers 9h15. La route jusqu'Erasme est malheureusement difficile à cause de la circulation très dense qui monte vers Bruxelles tous les matins et lorsque je suis arrivé à l'hôpital, Aude rentrait déjà dans l'ascenseur pour remonter de radiologie vers sa chambre. J'étais trop tard pour l'accompagner à son examen !

Je me suis aussitôt rendu compte de l'évidence de ce que m'avait rapporté Vieng : l'état de Aude avait nettement régressé depuis hier après-midi, au point de prendre une tournure tragique.

Toute la matinée et de toute l'après-midi, le moindre rayon de lumière, le moindre bruit, le moindre toucher, la moindre sollicitation engendrait des gémisssments, des plaintes, des pleurs, des cris, des ronchonnements, Aude était en pleine déprime.

A aucun instant, je ne l'ai pas vu sourire et je ne suis pas parvenu à la dérider, quel que soit le stratagème utilisé : Aude souffrait, avait mal à la tête, dans le cerveau, et ne parvenait plus à se mobiliser sans vertiges ou tremblements, au point de refuser de se lever de son lit pour aller à la toilette. Aude n'était plus que l'ombre d'elle-même, affaiblie, amaigrie (elle ne pèse plus que 17kg700), abattue par la maladie.

En fin de matinée, les médecins nous ont rapportés que les clichés du scanner du matin ne montraient aucune trace d'hypertension intra-cranienne, ce qui confirmati que le drain mis en place lundi fonctionnait bien et était en bonne position. J'ai pu moi-même constater sur les clichés la très nette résorbtion du volume des ventricules cérébraux. Cela était évidemment très rassurant en ce qui concerne les résultats de l'intervention de lundi, mais les obligeait à rechercher ailleurs la cause des vomissements de Aude et de ses douleurs intra-craniennes.

L'hypothèse qui leur semblait la plus probable était une irritation des méninges par les cellules tumorales, hypothèse qui se base autant qu'elle confirmerait celle d'une méningite carcinomateuse chez Aude. Une autre hypothèse quant aux vomissements de Aude depuis la veille serait la présence d'acétone dans son estomac suite à la carance d'aliments avalés par Aude depuis le début de son alimentation. Mais vu le contexte médical, les pédiatres n'y croient guère.

Le radiologue que nous avions rencontré la veille a de son côté relu les clichés de résonnance très attentivement et en a parlé avec ses collègues. Il est formel : l'hypothèse de loin la plus probable pour expliquer les prises de contraste sur les clichés d'IRM de vendredi est une méningite carcinamateuse, le seul doute possible est un pur cas d'école. De plus, un réexamen des clichés lui a fait détecter la présence de nodules tumoraux qu'il n'avait pas vu lors du premier examen. . Pour lui, il n'y a donc plus aucun doute, il faut commencer au plus tôt la chimiothérapie à base de Temodal proposée par le docteur S.

Nous voilà plongé, en quelques jours, dans le cauchemar d'une nouvelle récidive du médulloblastome et de ses conséquences fulgurantes. Autant dire que nous n'en menions pas large, Vieng et moi, au chevet de Aude toute l'après-midi. Que dire de plus ?

 

En début d'après-midi, Aude se plaignait de maux au poignet. Un bref examen de la perfusion a permis de déceler un début de phlébite : il allait falloir piquer Aude sur l'autre bras et cela, au moment même où les médecins avaient proposés d'administrer un autre antidouleur à Aude.

De la crème Emla a été apposée sur le poignet droit de Aude, ainsi que dans le pli de son bras gauche, au cas où on ne trouverait pas facilement de veine à gauche. Une demi-heure plus tard, lorsque l'infirmière est revenue pour piquer, il a été décidé d'un avis unanime d'utiliser plutôt la voie centrale via le Port-a-cath qui est toujours en place. Plus risquée en cas d'infection, cette voie a entre autres l'avantage de ne pas abîmer les veines, puisqu'on pique dans une boîte placée sous la peau.

 

Lorsqu'un ami a téléphoné à Aude vers 17h00? nous n'avions pas de meilleures nouvelles à lui annoncer. Pourtant, Aude a terminé de lui parler au téléphone avec le sourire et, comme par enchantement, est sortie à ce moment de son cafard, a accepté lumière et musique au point de se mettre à chanter ! Quel changement ! Nous avons appelé la pédiatre pour qu'elle constate d'elle-même ce changement d'état d'esprit chez Aude depuis le matin. Aude a alors ri et même accepté de se lever pour se rendre à la toilette. Comment expliquer un tel revirement ? La diététicienne du service, dont je salue le sens du professionalisme, a documenté Vieng depuis plusieurs jours sur les différents moyens d'alimenter Aude en vue de lui faire reprendre du poids. Elle a fait des recherches précises en fonction de nos habitudes alimentaires et a proposé de tester quelques solutions. Parmi celles-ci, elle nous a procuré une bouteille de boisson énergisante qu'elle a proposé de mélager avec la plupart des aliments de Aude. En absorbant quelques gorgées de grenadine, Aude ingurgite ainsi d'autres calories concentrées qui lui devraient lui rendre vigueur. Vieng l'a mis en pratique juste avant le coup de téléphone de 17h00.

Est-ce cela qui a rendu à Aude toute sa tonicité quasi jusqu'à mon départ pour aller rechercher les garçons chez Bénédicte ?

Un peu avant mon départ, Aude a reçu son premier comprimé de Témodal. Les infirmières avaient veillé, pour son confort, à écraser le cachet et à le diluer dans une seringue de grenadine. Aude l'a avalé sans problème.
Puisse Dieu permettre que cette nouvelle chimiothérapie garde Aude parmi nous le plus longtemps possible !

Ce soir, Aude s'est entretenu longuement avec les garçons au téléphone. Elle a annoncé à Antoine qu'elle rentrerait demain à la maison. Cette idée la motive, mais il est beacoup trop tôt pour dire si elle sera confirmée dans la pratique. Il faudrait pour cela que la nuit se passe sans le moindre souci et que Aude se réveille en forme demain matin, de sorte que la journée terne d'hier soit vite oubliée. Dans le cas contraire, il est à craindre que Aude doive reste encore sous surveillance hospitalière pour une durée indéterminée.

 

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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