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Mars 2004

Jeudi 11 mars 2004

23h00. De certitudes en incertitudes

 
Prends la route mais laisse-toi 
façonner par le chemin, 
car c'est le chemin qui fait l'homme

 

Il y a 2 ans, le 9 janvier 2002, lorsque la partie proximale du drain de Aude avait été remplacé pour la première fois en urgence, Aude avait retrouvé toute sa tonicité et son caractère enjoué moins de 24 heures après l'opération.

Cette fois, l'hydrocéphalie a été plus longue et plus grave, à la limite extrême de la catastrophe. Aude a été jusqu'à perdre sa parole, c'est dire la compression qu'il a dû y avoir dans son cerveau et à quel point elle a été affaiblie ! Il n'est donc pas étonnant, même si cela n'est pas évident à vivre au quotidien, que notre chérie ne récupère que très lentement de son opération.

 

Ce matin, en partant pour l'hôpital, j'étais persuadé que cette journée serait une après-midi calme, de transition, au terme de laquelle je pourrais vous confirmer une progression lente mais évidente de la récupération de Aude.

Il en a en partie été ainsi, puisque, comme vous le verrez sur les photos proposées ci-après, Aude a eu la visite de Pascale de l'asbl "Une note pour chacun", avec qui elle a chanté pendant que nous étions en réunion avec des médecins.

Elle a aussi passé un peu de temps à colorier, à faire des exercices dans un livre et à aller jusque dans le couloir se promener avec son pied de perfusion.

Elle est toujours très lente, très vite fatiguée, mais il y a eu des moments de vivacité qui nous ont un peu rassurés.

 

Le docteur D., radiologue de l'hôpital Erasme, nous a reçu cet après-midi et a commenté devant nous les clichés de RMI pris vendredi dernier à l'HUDERF. Je souligne que cet éminent médecin nous a consacré une partie importante de son temps que nous devinons précieux, ce dont le remercions très chaleureusement. Nous avons ainsi pu découvrir les prises de contrastes qui inquiétaient les spécialistes, voir qu'elles n'existaient pas encore sur les clichés d'octobre, constater que les ventricules apparaissaient dilatés de manière tout à fait évidentes sur ces clichés.

L'interprétation de ces données n'est malheureusement pas une science, mais un art délicat qui laisse planer de cruelles zones d'incertitudes : pour les radiologues, les prises de contrastes sous forme de filaments blanchâtres visibles sur les clichés sont en effet "très fréquemment" l'indice de ce qu'ils appellent une méningite carcinomateuse, mais pas toujours. Il s'agit de probabilités statistiques. Lorsque nous demandons si les médecins ont déjà les résultats des analyses chimiques des liquides prélevés lors de la réfection du drain et s'ils ne contiennent aucunes cellules-souches douteuses, nous apprenons à notre stupéfaction qu'elles ne confirment pas l'hypothèse évoquée plus haut.

Un doute, léger, susbsiste donc quant à l'interprétation des clichés : et si cette prise de contraste n'était pas liée à la tumeur, mais à une réaction suite à l'augmentation du volume des liquides intra-craniens ? Bien sûr, le risque de s'être trompé est faible, mais n'est-il pas suffisant pour qu'on réfléchisse à deux fois avant de commencer une nouvelle chimiothérapie ? Le docteur S., avec qui nous évoquons cette possibilité, pense qu'il ne faut effectivement pas commencer une chimiothérapie au Témodal tant qu'il subsiste un doute en la matière. Il a donc proposé d'attendre jusque demain pour tenter d'éclaircir cette question avec les neurologues et les radiologues de son hôpital comme ceux d'Erasme.

 

Un résultat le plus spectaculaire de l'opération chirugicale de lundi était bien sûr de savoir que Aude est à nouveau capable de parler et qu'elle ne vomissait plus. C'était du moins le cas jusque ce soir vers 22h45, alors que je récupérais nos 3 garçons chez Christine, l'institutrice de Cyrille, qui les avaient très gentillement pris en charge après l'école. Je venais en effet de mettre les 3 garçons dans la voiture lorsque j'ai remarqué que mon mobile avait été appelé par Vieng en mon absence. Aude, que j'avais quitté trois quart d'heure plus tôt, venait de vomir à nouveau. Vieng s'efforçait alors d'essayer de la faire manger et boire un peu, ce qui est très, très difficile. Difficile d'interprêter ces vomissements, mais dans le contexte que vous savez, ils ne rassurent pas, d'autant que Aude a dit à Vieng qu'elle avait mal à la tête lorsqu'elle a vomi.

 

Du Prodafalgan a à nouveau été perfusé à Aude. En attendant un complément d'analyse.

 

Aude n'a vraiment guère le moral. Je ne l'ai jamais vu aussi déprimée au cours d'une hospitalisation. Elle est impatiente de quitter l'hôpital. Nous en avons parlé avec les médecins, mais les dernières évolutions du dossier sont peu favorable à l'idée que Aude revienne à la maison avant le week-end. Que dire de plus, sinon inviter ses amis à ne pas l'oublier et à lui passer un petit coup de fil pour lui remonter le moral !

 

Dans l'Espérance

 

Philippe et Vieng

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