< Précédent

 Suivant >

1994 - 1995 - 1996 -- 1997 - 1998 - 1999 - 2000 - 2001 - 2002 - 2003 - 2004

Janvier - Février - Mars - Avril - Mai- Juin- Juillet - Août - Septembre - Octobre - Novembre - Décembre

Mars 2004

Mercredi 10 mars 2004

22h45. Aude esquisse un sourire

 
Prends la route mais laisse-toi 
façonner par le chemin, 
car c'est le chemin qui fait l'homme

Je trouve mon clavier ce soir après une journée à l'hôpital auprès de ma fille.

Dès mon arrivée, j'ai pu constaté que Aude n'était pas aussi bien que je l'aurais espéré, mais un peu mieux malgré tout qu'hier.

Elle peut -et cela nous soulage évidemment très fort - parler, mais n'en a pas envie, n'en a pas la force. Sa voix est très faible, si faible qu'il faut lui faire répéter ses phrases pour les entendre, pour les comprendre. Elles sont heureusement cohérentes, mais rares, comptées, comme si Aude voulait au maximum économiser ses forces à d'autres fins. Aude reste donc là, présente, mais sans parler ni chercher à répondre à nos incitations.

Il en est de même de ses mouvements. Bien sûr, elle ne tourne pas la tête, à cause de la cicatrice et du gros pansement qui la protège, puisqu'on a remplacé la partie proximale de son drain par une incision à l'arrière celle-ci. Mais il est surprenant de voir Aude rester quasi tout le temps allongée, le regard fixe, la tête immobile, un bras glissé sous sa veste de pijama sur son ventre, l'autre posé sur sa couverture. Elle n'avait envie de rien saisir, rien faire, même pas prendre un cornet de téléphone. Je n'ai pas oublié de lui apporter ses marqueurs, mais ils restent pour l'instant dans son armoire : elle n'a envie de rien faire.

Elle s'est malgré tout levée et a marché pour aller jusqu'à la toilette. Elle a aussi marché toute la longueur du couloir pour se rendre à la douche que Vieng a proposé de lui donner pour la rafraichir. Sa démarche était un peu lente, hésitante, mais elle est encore capable de marcher. Heureusement. Elle frissonait à la sortie de la douche et nous l'avons donc vite remise dans son lit.

Le plus saisissant est qu'on peut observer une même économie d'énergie dans son regard et dans ses sourires. Ses yeux restent figés durant de longues minutes, droit devant elle, et ne se tournnte que pour de rare sollicitations. Je ne parviens quasi pas de l'après-midi à la faire sourire, encore moins rire.

La photo que vous trouverez sur le site de Aude illustre quasi le seul moment où Aude a rayonné de la journée.

Elle y paraît si rayonnante qu'on pourrait croire qu'elle passe de bons moments à l'hôpital et qu'elle ne souffre pas. Sacrée Aude ! Elle était si heureuse de voir arriver son institutrice de première maternelle, Vincianne, et son institutrice de religion, Fariba !

Une infirmière venait tout juste de lui installer un lecteur de CD pour quelques heures et j'y avais glissé la copie du CD réalisé par Sisaart à partir de la cassette de chansons que les enfants de la classe de Aude lui avaient envoyée il y a plus de 3 ans ! Que de souvenirs !

Aude a rapidement fait état de sa fatigue et s'est de nouveau retranchée dans son monde à elle, au point qu'elle fut incapable de saluer ses institutrices à leur départ et est replongée jusqu'au soir dans le même état très taiseux du matin.

Côté paramètres, la fièvre est tombée, mais il faut dire que Aude est maintenue systématiquement sous Prodafalgan. Le contraire serait donc inquiétant. Elle mange très peu, mais est alimentée par sa perfusion.

Le docteur S. a eu un empêchement. Nous ne recevrons donc probablement que demain le Témodal à administrer à Aude.

Tous ces facteurs nous laissent espérer que Aude ira mieux demain.

 

Côté spirituel, je me suis inscrit "par curiosité" aux retraites dans la ville dont je vous ai parlé début de semaine <http://www.retraitedanslaville.org> . J'ai ainsi reçu parmi mes nombreux courriels le texte proposé à notre réflexion pour ce mercredi 10 mars. Un hasard si ce texte me touche aujourd'hui ? Jugez plutôt :

Ta parole est la lumière de mes pas,
la lampe de ma route.
Je l'ai juré, je tiendrai mon serment,
j'observerai tes décisions.

J'ai vraiment trop souffert Seigneur ;
fais-moi vivre selon ta parole.

Accepte en offrande ma prière, Seigneur :
apprends-moi tes décisions.

A tout instant j'expose ma vie :
Je n'oublie rien de ta loi.

Des impies me tendent un piège :
je ne dévie pas de tes préceptes.

Tes exigences resteront mon héritage,
la joie de mon coeur.

Mon coeur incline à pratiquer tes commandements :
c'est à jamais ma récompense

Psaume 118, versets 105-112 (Traduction liturgique)

Texte suivi de cette proposition de prière :
Apprends-moi, Seigneur, ta loi d'amour, tes exigences d'amour,
alors, d'un coeur léger, je pourrai continuer ma route.
Apprends-moi à vivre avec toi, à vivre de toi.

 

Dans l'Espérance

 

Philippe et Vieng

 < Précédent

 Suivant >