Prends la route mais laisse-toi
façonner par le chemin,
car c'est le chemin qui fait l'homme
Je trouve mon clavier ce soir après
une journée à l'hôpital auprès de
ma fille.
Dès mon arrivée, j'ai pu constaté
que Aude n'était pas aussi bien que je l'aurais espéré,
mais un peu mieux malgré tout qu'hier.
Elle peut -et cela nous soulage évidemment
très fort - parler, mais n'en a pas envie, n'en a pas
la force. Sa voix est très faible, si faible qu'il faut
lui faire répéter ses phrases pour les entendre,
pour les comprendre. Elles sont heureusement cohérentes,
mais rares, comptées, comme si Aude voulait au maximum
économiser ses forces à d'autres fins. Aude reste
donc là, présente, mais sans parler ni chercher
à répondre à nos incitations.
Il en est de même de ses mouvements.
Bien sûr, elle ne tourne pas la tête, à cause
de la cicatrice et du gros pansement qui la protège, puisqu'on
a remplacé la partie proximale de son drain par une incision
à l'arrière celle-ci. Mais il est surprenant de
voir Aude rester quasi tout le temps allongée, le regard
fixe, la tête immobile, un bras glissé sous sa veste
de pijama sur son ventre, l'autre posé sur sa couverture.
Elle n'avait envie de rien saisir, rien faire, même pas
prendre un cornet de téléphone. Je n'ai pas oublié
de lui apporter ses marqueurs, mais ils restent pour l'instant
dans son armoire : elle n'a envie de rien faire.
Elle s'est malgré tout levée
et a marché pour aller jusqu'à la toilette. Elle
a aussi marché toute la longueur du couloir pour se rendre
à la douche que Vieng a proposé de lui donner pour
la rafraichir. Sa démarche était un peu lente,
hésitante, mais elle est encore capable de marcher. Heureusement.
Elle frissonait à la sortie de la douche et nous l'avons
donc vite remise dans son lit.
Le plus saisissant est qu'on peut observer
une même économie d'énergie dans son regard
et dans ses sourires. Ses yeux restent figés durant de
longues minutes, droit devant elle, et ne se tournnte que pour
de rare sollicitations. Je ne parviens quasi pas de l'après-midi
à la faire sourire, encore moins rire.
La photo que vous trouverez sur le site de
Aude illustre quasi le seul moment où Aude a rayonné
de la journée.
Elle y paraît si rayonnante qu'on pourrait
croire qu'elle passe de bons moments à l'hôpital
et qu'elle ne souffre pas. Sacrée Aude ! Elle était
si heureuse de voir arriver son institutrice de première
maternelle, Vincianne, et son institutrice de religion, Fariba
!


Une infirmière venait tout juste de
lui installer un lecteur de CD pour quelques heures et j'y avais
glissé la copie du CD réalisé par Sisaart
à partir de la cassette de chansons que les enfants de
la classe de Aude lui avaient envoyée il y a plus de 3
ans ! Que de souvenirs !
Aude a rapidement fait état de sa fatigue
et s'est de nouveau retranchée dans son monde à
elle, au point qu'elle fut incapable de saluer ses institutrices
à leur départ et est replongée jusqu'au
soir dans le même état très taiseux du matin.
Côté paramètres, la fièvre
est tombée, mais il faut dire que Aude est maintenue systématiquement
sous Prodafalgan. Le contraire serait donc inquiétant.
Elle mange très peu, mais est alimentée par sa
perfusion.
Le docteur S. a eu un empêchement. Nous
ne recevrons donc probablement que demain le Témodal à
administrer à Aude.
Tous ces facteurs nous laissent espérer
que Aude ira mieux demain.
Côté spirituel, je me suis inscrit
"par curiosité" aux retraites
dans la ville dont je vous ai parlé début de
semaine <http://www.retraitedanslaville.org> . J'ai ainsi
reçu parmi mes nombreux courriels le texte proposé
à notre réflexion pour ce mercredi 10 mars. Un
hasard si ce texte me touche aujourd'hui ? Jugez plutôt
:
Ta parole est la lumière
de mes pas,
la lampe de ma route.
Je l'ai juré, je tiendrai mon serment,
j'observerai tes décisions.
J'ai vraiment trop souffert
Seigneur ;
fais-moi vivre selon ta parole.
Accepte en offrande ma prière,
Seigneur :
apprends-moi tes décisions.
A tout instant j'expose ma
vie :
Je n'oublie rien de ta loi.
Des impies me tendent un piège
:
je ne dévie pas de tes préceptes.
Tes exigences resteront mon
héritage,
la joie de mon coeur.
Mon coeur incline à
pratiquer tes commandements :
c'est à jamais ma récompense
Psaume 118, versets 105-112 (Traduction
liturgique)
Texte suivi de cette proposition de
prière :
Apprends-moi, Seigneur,
ta loi d'amour, tes exigences d'amour,
alors, d'un coeur léger, je pourrai continuer ma route.
Apprends-moi à vivre avec toi, à vivre de toi.
Dans l'Espérance
Philippe et Vieng