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Mars 2004

Lundi 8 mars 2004

Hospitalisation en urgence et intervention neurochirurgicale

 
Prends la route mais laisse-toi 
façonner par le chemin, 
car c'est le chemin qui fait l'homme

12H00. Sans nouvelles des projets de traitements à Paris, je vais à l'école rechercher les garçons pour le dîner

12h30. Antoine mange vite et veut que je le ramène à l'école parce qu'il croit que les stagiaires vont organiser aussitôt une activité pour certains enfants de sa classe. En plus, les stagiaires distribueraient un bonbon à ceux qui ont participé !

12h45. Premier coup de massue de l'après-midi. Comme je l'avais pensé, Antoine avait mal compris l'heure du rendez-vous. Nous étions trop tôt à l'école. Je profite que je suis seul avec lui pour faire un bout de chemin avec lui en ville. Le téléphone sonne. Le docteur S. souhaite me parler. Je me retire dans un coin calme et je l'écoute. La nouvelle est importante, mais je ne sais pourquoi, je m'y attendais : Aude ne présente plus les critères de "vitalité" pour rentrer dans le processus d'évaluation des nouveaux médicaments en cours d'élaboration. On abandonne donc cette fois encore le projet de traitement à Paris ! En lieu et place, le docteur S. propose de traiter Aude avec du Themodal, un médicament qu'il a déjà testé avec succès dans le cas de médulloblastome, mais qui n'est pas remboursé par l'INAMI et coûte la bagatelle de 200 EUR du cachet ! A raison de 1 cachet pendant 5 jours, je vous laisse imaginer le coût d'une semaine de traitement. Il existe heureusement des solutions, dont l'une consiste à obtenir des médicaments "compationnels". Le Docteur S. me promet d'essayer d'en obtenir à ces conditions dans l'après-midi et me suggère de venir à l'HUDERF pour 15h30.

13h20. Je rentre à la maison et en informe brièvement Vieng. J'embarque ensuite rapidement Xavier et Cyrille pour les conduire à leur tour à l'école.

13h40. Je rentre à la maison. Vieng m'appelle presque aussitôt dans la chambre de Aude. Aude ne parvient plus à former des phrases. Aude est là, amorphe, à essayer de nous dire quelques mots. Elle prononce "maman, maman", d'une voix plaintive, suppliante, aigüe à transpercer le coeur. Elle balbutie. Nous n'en croyons pas nos yeux, nos oreilles : Aude a perdu le contrôle de ces fonctions et reste là, prostrée dans son lit. Je lui demande, sans succès, d'écrire ce qu'elle veut nous dire. Elle n'a même plus la force d'essayer de lever son bras.

Vieng attrape le téléphone, appelle le docteur S. Plus question de discuter de tel ou traitement. Il faut partir de toute urgence à l'HUDERF. Heureusement, la valise était prête pour Paris. A peine dans la voiture, Aude vomit encore, heureusement, dans le réniforme que nous avons emporté. Je pousse sur le champignon sur les 30 kilomètres d'autoroute, espérant qu'aucun bouchon ne viendra nous ralentir. Le téléphone sonne. Le docteur S. nous informe qu'il a prévu les urgences de l'Hôpital Erasme du cas de Aude et m'invite à m'y rendre immédiatement si Aude perd connaissance en chemin. Sinon, il me suggère de passer par l'HUDERF où on termine de rassembler le dossier de Aude et où on la prendra en charge médicalement.

Aude ne bronche pas, elle n'en a plus la force. Nous prions, supplions le Ciel de venir à notre secours.

Arrivé à l'HUDERF, je prends Aude dans mes bras et monte aussitôt au quatrième étage, pendant que VIeng part en quête d'une place de parking pour "sa" voiture. Et là, nous sommes reçu magistralement par le docteur S. et 2 médecins du service ainsi que plusieurs infirmiers, qui se penchent aussitôt au chevet de Aude. Le cas de Aude est bien sûr plus préoccupant, il est vital. Tout le monde sait ici que nous jouons avec la vie, avec un risque énorme d'hydrocéphalie et de dégats irréversibles.

Les paramètres de Aude sont notés, une perfusion est mise en place, Aude reçoit entre autre de l'antihémétique. Le docteur S. me signale qu'il a obtenu du Themodal pour Aude, mais nous n'allons pas plus loin dans la conversation. Il faut d'abord sauver Aude. Dès qu'il a terminé d'examiner Aude, le docteur S. fait appeler une ambulance médicalisée pour conduire Aude à l'hôpital Erasme, distant d'une dizaine de kilomètres (selon mes estimations), accompagnée de Aude, d'un médecin du service et d'un infirmier. Tout tourne comme sur des roulettes.

Je file à notre voiture, donne quelques très brefs coup de fils à plusieurs d'entre nos amis et file vers Erasme. J'ai les larmes aux yeux lorsque je suis arrêté par un bouchon à l'entrée du Ring et suis dépassé par l'ambulance qui, je le sais, emmène ma fille vers un destin peut-être tragique. Dans le rétroviseur, je suis impuissant à empêcher quelques conducteurs à retarder le véhicule qui file, toute sirène hurlante, et me dépasse. Très vite, il disparaît dans le flot de la circulation sur le Ring de Bruxelles, où je tente tant bien que mal de me faufiler pour arriver au plus vite près de ma fille.

A Erasme, lorsque j'arrive aux Urgences, une équipe médicale est au chevet de Aude. Un médecin nous pose quelques questions, il a reçu la plupart des infos indispensables de l'HUDERF. Aude vomit, gémit, vomit. La scène est très difficilement insoutenable. Un neurochirgien intervient, il connaît bien ce type de problème, fait emmener sans traîner le brancard de Aude au scanner. Aude ne bouge pas, elle en est incapable. Nous sommes à la limite du coma. Les clichés, comparés à l'IRM de vendredi, indiquent clairement une hypertension intracranienne plus importante que vendredi. Le neurochirgien qui les examine affirme que le drain est mal placé. Qui se souvient du 7 janvier 2002 et des nombreuses questions que soulevèrent la mise en place d'un nouveau drain en urgence ? Cette fois, on ne tergiverse pas : il faut opérer immédiatement et vérifier ce drain, il est la cause de la dégradation rapide de la conscience de Aude.

Un problème de "plomberie" ? Alors que nous nous étions mis dans la tête depuis vendredi que ce ne pouvait être que la progression de la tumeur ? Nous n'en croyons d'abord pas nos oreilles ! Nous n'avons pas le temps de réfléchir trop longtemps : nous donnons immédiatement notre accord pour cette opération et Aude est emmenée "tambour battant" en salle d'op.

Un infirmier nous raccompagne dans le service de chirurgie neuropédiatrique. Nous découvrons qu'une chambre lui avait été réservée dès que l'ambulance avait annoncée depuis l'HUDERF, mais comme Aude avait "atterri" directement aux urgences, elle était restée vide jusqu'à ce moment. Une infirmière nous y rejoint, discute avec nous de l'émotion très forte que nous venons de vivre, nous rassure : un drain est une opération "classique". Nous ne le savons déjà que trop bien ! Je compte dans ma mémoire les opérations que Aude a déjà subi dans son cerveau : une avant la chirurgie, une pour la chirurgie, une pour la mise en place du drain, une pour son remplacement en 2002, Nous en avons déjà passé des heures à attendre le réveil de Aude en milieu hospitalier après des interventions lourdes !

 

Il était plus de 20h00 lorsqu'une infirmière est venu nous indiquer que Aude était sortie de salle d'opération et qu'elle avait été accueillie aux Soins Intensifs. Elle y restera toute la nuit, sans doute une bonne partie de la journée demain, peut-être 24 heures, selon le principe du service. Ensuite, si tout va bien, elle remontera dans sa chambre, y restera entre 3 et 5 jours, et pourra revenir à la maison.

On ne parle plus pour l'instant de la tumeur ou de chimiothérapie. Tout ce qui nous intéresse est de savoir si l'opération s'est bien passée et si Aude va bien.

Le neurochirgien a déjà rejoint la salle d'opération pour un autre patient. Nous ne le verrons que demain et saurons alors plus précisément ce qu'il a fait.

Quant à Aude, un kiné nous guide jusque dans la pièce où elle dort encore. Elle est intubée et a été attachée à son lit, parce qu'elle était un peu agitée en sortie de salle d'op. Elle se calme en nous entendant. Difficile de se faire une idée du résultat de l'opération tant qu'elle est sous l'effet des drogues et anesthésiants. Les infirmiers nous rassurent, délivrent Aude de ses liens et de son intubation, affirme qu'ils trouvent Aude en bonne santé pour quelqu'un qui vient juste d'être intubé.

Vieng passera la nuit aux côtés de sa fille. Je rentre à la maison

 

23h00. Me voici enfin de retour à la maison et devant mon clavier après une nouvelle journée de combat dont je n'imaginais guère l'acuité en terminant mon premier courriel ce 8 mars vers midi.

23h30. Une coupure de courant dans tout le quartier me retarde un peu plus. Je ne me retourne plus de ce genre de bagatelles qui perturbent notre vie.

 

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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