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Mars 2004

Samedi 6 mars 2004

Un autre printemps, une autre Passion

 

Avec quelques jours d'avance sur l'an dernier (10 mars 2003), les crocus ont fleuris jeudi dans la pelouse. Les arbres et les arbustes abandonnent leur sombre parure et se parent les uns après les autres d'un léger duvet vert, signe que le printemps est tout proche, couleur de l'Espérance.

Mais comme l'an dernier, c'est un autre bourgeon qui occupe chaque instant de nos pensées, celui de la récidive tumorale de Aude. Et celui-là, ce n'est pas le printemps, mais une nouvelle Passion familiale qu'il annonce.

 

Comme l'indique très brièvement mon courriel précédent, le docteur S. nous a téléphoné hier en fin d'après-midi pour nous confirmer nos craintes.

La tumeur de Aude apparaît de manière diffuse sur les images obtenues par IRM. A la différence de l'an dernier, il ne s'agit pas de gros nodules, mais plutôt de masses informes, qu'un scanner n'aurait pas permis de détecter. Mais cela est bien sûr très inquiétant, puisque cela confirme que le bulbe tumérol est toujours très actif et qu'il a suffi que les drogues chimiothérapeutiques ne soit plus là pour bloquer la progression des cellules pour que la tumeur reprenne vigueur et qu'en quelques jours, Aude passe d'une forme surprenante à son opposé.

Quant aux douleurs dans l'épaule de Aude, il s'agit sans doute d'un indice sérieux que la tumeur s'est aussi disséminée dans la moelle épinière, dont aucun cliché n'a été fait pour des raisons d'organisation du service et de l'inscription en urgence de Aude dans les programmes pour hier.

 

Comme je l'ai précisé dans mon courriel du 31 janvier de cette année, le docteur S. a toujours été persuadé qu'il y aurait récidive. Il avait donc raison de nous mettre en garde contre tout élan euphorique. Il a eu d'autant plus raison que sans nous en parler, il avait pris l'initiative en décembre de demander que des tests soient effectués à Paris pour évaluer la sensibilité de la tumeur de Aude aux nouveaux médicaments qui devraient être mis sur le marché sans doute en décembre prochain en France dans le cadre de la lutte contre le médulloblastome. Une fois encore, il ne faut pas sauter de joie, mais penser qu'il existe encore des pistes pour "aller plus loin".

Le docteur G. de l'IGR et lui-même sont actuellement en relation pour analyser la situation et voir si cela aurait un sens ou non d'inscrire Aude dans le programme de recherche mené à Paris à ce propos. Parler de "nouveaux médicaments" est bien sûr une manière pudique pour désigner des recherches en cours, non abouties à ce jour. Si - et seulement si - la décision est prise dans ce sens, nous serons invités à présenter Aude dans les tous prochains jours à l'IGR, où on administrera ces médicaments "per os" à Aude sous haute surveillance. Il ne faut pas traîner, car il est évident que la progression de la tumeur est très rapide et qu'Aude pourrait tomber dans le comas ou perdre des fonctions essentielles à tous moments au cas où une de ses occurences se glisserait dans une partie essentielles du cerveau.

Nous devons nous tenir prêt à partir, mais il n'est pas impossible qu'on nous demande de faire encore en Belgique des images complémentaires, notamment les clichés RMI de la colonne et du cou qui était prévue le 19 mars.

Tout ceci reste hypothétique et dépend des discussions que les médecins vont avoir entre eux. Les chances de succès final restent minces. Nous pouvons toutefois nous féliciter de l'initiative prise par le docteur S. qui, en ayant fait tester la sensibilité aux nouveaux médicaments des cellules prélevées par chirurgie à l'UCL fin novembre 2000, nous permet de gagner les quelques semaines qui auraient été nécessaires dans le cas contraire.

 

 

Nous voilà donc replongé un an en arrière, lorsque la dernière RMI réalisée à Saint-Luc nous avait plongé dans le cauchemar de la récidive du médulloblastome de Aude. Mais quel chemin parcouru en un an ! Au fond du puis, nous savons maintenant que nous sommes plus seul, même si le doute nous saisit encore par moments !

 

 

Hier soir, outre vos nombreux signes d'amitiés pour lesquels je vous remercie, nous avons pu compter sur le soutien de notre ami et conseiller, le Père A. Smets.

 

Pour la troisième fois depuis le début de sa maladie (une fois juste avant l'opération tragique de novembre 2000, une fois il y a un an et hier soir), Aude a reçu la force du sacrement des malades. Nous croyons qu'une fois encore, cette force lui permettra de Vivre et nous gardera dans l'Espérance au travers de la maladie de Aude, "unis dans la Passion et la Résurection du Christ, en route vers la Pâque qui est notre destin". Une fois encore, nous croyons que la prière peut changer le cours de notre vie. Puisse nos cris être entendus là-haut ! Merci à tous ceux qui nous rejoignent dans ce "chahut" que nous voulons faire entendre jusqu'au Ciel !

 

Ce matin, Aude a vomi dès 3h30 du matin et depuis son lever, se plaint de mal à l'épaule. Vieng lui a donné un anti-douleur, de sorte que Aude dessine en ce moment dans sa chambre avec Cyrille.

 

 

Ce médicament a visiblement agi rapidement. Toute la matinée, Aude a dessiné dans son lit et colorié autour de pochoirs avec Cyrille, puis s'est levée et a joué avec ses frères.

Elle était en nettement meilleure forme que les jours précédents. Est-ce la présence de ses frères ? Elle a insisté pour aller dans une grande surface acheter "avec son argent de poche" des pochoirs qu'elle avait vu dans un catalogue. Preuve de l'intérêt qu'elle avait eu de feuilleter les derniers toutes-boîtes, preuve de son envie de dessiner encore et encore, preuve de sa volonté de "sortir dehors", de sa volonté de vivre. Curieux paradoxe que cette forme !

En ce moment, il est passé 16h00. Aude utilise ses nouveaux pochoirs. Elle n'a pas retrouvé son lit depuis le matin, n'a pas vomi et n'a été sans vigueur que quelques minutes dans la voiture. Surprenant !

Pourvu qu'elle puisse être admise dans le traitement envisagé par Paris, qu'elle tienne le coup jusqu'à son début, qu'elle le supporte et y réponde le plus longtemps possible et surtout qu'elle ne tombe pas dans le coma avant qu'il n'agisse ! Ce n'est plus une épée de Damoclès, mais une guillotine qui tient à un crin au dessus de nos têtes !

 

Dans l'Espérance,

Philippe et Vieng

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