Xavier s'est levé comme si rien ne
s'était passé la veille. Par contre, l'état
de Aude n'évolue pas favorablement.
Depuis hier soir, elle se plaint de maux de
tête. Elle a vomi plusieurs fois depuis 6h00 ce matin et
n'a pas quitté son lit un seul instant. Elle reste là
inerte et ne cherche même plus à s'occuper en dessinant
comme elle l'avait fait la veille.
Dans la matinée, j'essaye de faire
avalaer quelque chose. Aude pense que manger la fait vomir. J'essaie
de lui expliquer que je ne crois pas du tout à sa théorie,
que ses vomissements ont sûrement une autre origine. Mais
j'ai bien du mal à lui faire avaler une bouchée
de pain. D'autant qu'elle vomit la seule gorgée de Coca
qu'elle avale en ma présence.
J'ai remarqué qu'elle se tenait le
ventre. Elle a eu une réaction de douleur lorsque j'ai
posé ma main au même droit, un peu au dessus de
sa cicatrice, là où son drain rejoint le péritoine.
Cela reste bien sûr une hypothèse que son drain
ventriculo-péritonéale disfonctionne. reste que
cela pourrait avoir différentes causes. Aude pleurniche
un tout petit peu lorsque je lui demande pourquoi elle ne m'en
a parlé.
Lorsque Vieng est rentrée à
la maison, elle a une eucharistie pour Aude, qui reçoit
cette force tous les jours depuis des mois.
Je lui parle de la douleur de Aude au niveau
de son péritoine. Elle décide d'en parlet au docteur
S. Celui-ci était visiblement sous tensions extérieures
à notre dossier. Il rétorque que si nous sommes
angoissés, nous devons conduire Aude à l'hôpital,
où elle sera mise sous surveillance jusque demain, jusqu'à
la RMI prévue demain midi. Il ne sera pas possible d'obtenir
un autre rendez-vous plus tôt, même dans l'urgence.
On pourrait bien sûr essayer d'obtenir un rendez-vous pour
un scanner dans l'après-midi, il permettrait de mettre
en évidence toute hypertensions intracranienne, mais même
dans ce cas, on restera devant des questions quant à l'état
de la tumeur et donc on ne pourra pas agir avant d'avoir fait
une résonnance, dont la qualité d'image est nettement
supérieure au scanner. Quel que soit les résultats
de l'IRM elle-même, il faudra probablement s'asseoir calmement
devant les résultats, les examiner et les réexaminer
dans le calme. Il nous parle d'un cas où on avait déclarer
aux parents d'un enfant qu'il avait des métastases au
poumon, mais cela avait ensuite été infirmé
par les radiologues lors du réexamen des clchés
quelques jours après. Il ne veut pas d'un procès
pour erreur médicale et refuse donc toute pression qui
serait mise sur lui pour prendre une décision rapide.
Demain, on est vendredi, on a donc peu de chance d'avoir une
action avant la semaine prochaine. Estimant que Vieng met la
pression sur lui, visiblement très tendu par un contexte
personnel que nous ignorons, il nous invite à contacter
la secrétaire d'oncologie pour essayer d'obtenir un scanner
en urgence et d'amener Aude à l'hôpital. Ainsi,
si elle tombe dans le coma, on ne pourra rien lui reprocher.
Lorsque Vieng a raccoché, elle a dû
mal à garder son sang-froid. Je l'invite à rester
calme, à analyser la conversation. Je ne pense pas qu'il
soit nécessaire de se mettre en route dans la précipitation,
pas plus que de faire un scanner qui ne servirait à rien
et dont les clichés ne seraient de toutes façon
pas pris en compte, vu le contexte tumoral de Aude, qui nécessite
comme l'a dit le docteur un examen approfondi des clichés
pour déterminer si toute hypertension qui serait découverte
n'est pas liée à une récidive de la tumeur.
Il est l'heure d'aller chercher les garçons
pour le dîner. Vieng m'en veut de me mettre en travers
de sa route et m'apostrophe parce que je lui demande de rester
la tête froide et de ne pas téléphoner de
suite en oncologie. Elle se précipite à l'école.
Je rentre dans la chambre de Aude, qui a sûrement
entendu notre conversation. Elle me traîte de "méchant"
lorsque je la prend dans les bras pour essayer de la solliciter
à sortir de son lit.
Je la laisse et remonte dans mon bureau. A ce moment, Vieng arrive
à la maison avec les 3 garçons. Cyrille rentre
dans la chambre de Aude. Elle lui demande de lui faire un gros
bisou, comme L., la petite fille de la classe de Cyrille qui
lui donne des bisous très gourmants et veille sur lui
comme une petite maman. Cyrille, coquin, aime l'imiter en la
caricaturant. Aude retrouve son sourire. Je propose de l'emmener
dans la cuisine "en poussette" (comprenenz dans mes
bras) pour qu'elle reste avec "son amoureux". Aude
éclate de rires et à ma grande surprise, accepte
ma proposition. Je l'installe à table à côté
de Cyrille et Aude mange sa soupe, toute son assiette de soupe,
mieux que son frère !
Depuis, les garçons sont tous les 3
retournés à l'école, mais elle n'est pas
retournée dans son lit. Elle dessine, assise à
sa petite table dans le salon ! Quelle différence
depuis le matin
Aude a ainsi passé toute l'après-midi
à dessiner et à préparer une petite enveloppe
de dessins pour Caroline, son institutrice, et sa classe. Elle
rpis sa douche et joué avec ses poupées. Elle a
souhaité venir avec nous rechercher les garçons
à l'école pour le remettre en personne à
l'intéressée.
Elle a même été joué un peu avec les
garçons autour des "modules", ces gros blocs
de mousse que nous avions acquis pour lui permettre de faire
des exercices de psychomotricité lorsqu'elle devait faire
de la kiné intensivement il y a 3 ans.
Quel bonheur de la retrouver ainsi, quelle
surprise après l'anxiété du matin. Comment
ne pas apprécier à fond ce petit moment de répis,
sans comprendre, sans chercher à comprendre comment cela
est possible de passeraussi rapidement et de façon aussi
contradictoire d'un état à un autre sur une seule
et même journée.
J'ai été absent ce soir et n'ai
pu répondre individuellement à toutes vos marques
de sympathie. Merci. Elles nous touchent très fort.
Pour rappel, demain, vers 12h00, une résonnance
magnétique devrait permettre aux médecins de visualiser
ce qui se passe dans le cerveau de Aude.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng