5h du matin. Aude
se lève, se dirige vers la toilette et vomit. Nous sommes
annéantis. Tout le monde se rendort difficilement.
6h15. Aujourd'hui,
Vieng devait reprendre le travail à Saint-Luc et elle
devrait donc partir à ce moment pour Bruxelles. Elle n'a
pas encore reçu l'accord du médecin-conseil à
propos de sa reprise et ce document est indispensable pour qu'elle
soit autorisée à travailler. La Providence fait
bien les choses pour nous, même si cela va évidemment
perturber le service qui avait déjà fait le planning
pour tout le mois de mars en comptant sur Vieng à mi-temps.
7h45. Aude souhaite
aller à l'école. Elle est pâle, mais elle
insiste. Son équilibre est instable. Nous nous ne nous
opposons pas à son voeu, pensant qu'il faut la laisser
profiter au mieux de chaque jour.
8h25. L'angoisse
me tenaille pourtant quand je monte avec elle l'escalier qui
mène jusqu'à la salle du nouveau bâtiment
où se donne le cour de religion.
Aude ne dit rien, mais évite le contact
des autres. Elle a visiblement peur de se faire bousculer. Elle
ne rit pas avec ces amies qui s'approchent d'elle, comme elle
l'aurait fait un autre jour, surtout après une semaine
de vacances. Les enfants se disposent en cercle, assis sur des
coussins. Aude se met à l'écart et il faut l'aide
de la main pour la mettre en position. J'hésite à
la reprendre à la maison. Je me dis que c'est la peut-être
la dernière fois qu'elle va en classe, les pires idées
me passent par la tête. Aude ne récupère
pas, ce n'est pas de la fatigue, ni un problème digestif.
C'est à nouveau le médulloblastome qui envahit
le cerveau de Aude, notre pensée.
9h00. J'essaie
de travailler, malgré les soucis. La lettre du médecin-conseil
n'est toujours pas arrivée. Vieng en informe son service
et convient avec sa chef de service qu'elle ne travaillera pas
cette semaine.
10h00. Vieng
et moi sommes tellement inquiet que nous décidons d'aller
voir comment Aude se porte à l'heure de la récréation.
Aude souhaite rester à l'école.
10h30. Vieng
téléphone au docteur S. pour l'informer de l'évolution
de la santé de Aude. Il pense comme nous que des vomissements
chaque matin ne sont pas normaux et plutôt inquiétant.
La seule manière de vérifier l'hypothèse
d'une récidive de la tumeur reste la RMI. La prochaine
devait avoir lieu le 19 mars. Il est convenu de l'avancer dès
que possible pour le service d'imagerie médicale de l'HUDERF.
Ce sera finalement ce vendredi 5 sur le temps de midi.
11h20. Dans le secret de notre couple et d'amis
proches
12h00. Aude
est rentrée à la maison comme ses frères.
Elle a un peu plus le sourire, il semble que chacun a raonté
ses vacances en classe et qu'elle n'a donc pas du faire trop
d'efforts pour participer.


Je la sens toujours très faible. J'insiste
pour savoir si Aude ne veut pas rester se reposer à la
maison. Elle refuse et souhaite retourner à l'école.
14h00. Je n'ai
pas le coeur à travailler. Vieng et moi consacrons l'après-midi
à quelques courses indispensables dans l'organisation
de notre vie quotidienne.
19h00. Aude
est en forme et chante "je suis un polichinelle, la vie
est belle, la vie est belle, je suis un polichinelle, tire ma
ficelle", une chanson apprise en maternelle et qui lui revient
en mémoire grâce au déguisement que lui a
confié ma maman et qu'elle vient d'enfiler spontanément
dans le salon.
19h30. C'est
une fois encore le combat pour faire avaler à Aude quelques
pâtes à l'épeautre et quelques haricots.
20h30. Aude
va se coucher. Cyrille, qui a demandé à pouvoir
passer la nuit dans la chambre de sa grande soeur, chahute.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng