< Précédent

 Suivant >

1994 - 1995 - 1996 -- 1997 - 1998 - 1999 - 2000 - 2001 - 2002 - 2003 - 2004

Janvier - Février - Mars - Avril - Mai - Juin- Juillet - Août - Septembre - Octobre - Novembre - Décembre

JANVIER 2004

Samedi 31 janvier 2004

Entre Damoclès et Espérance

 

Ce vendredi matin, il y a presque de 10 centimètres de neige.

Pour la première fois depuis très longtemps, Aude s'est levée de bonne heure et a été à l'école dès la première heure. Ce n'était toutefois que pour 2 heures, car ses camarades avaient piscine en groupe après la récréation et prévoyaient de faire de la luge l'après-midi, des activités auxquelles il vaut mieux que Aude ne participe pas.

En fin de matinée, nous avons reçu un nouvel appel du docteur S. pour nous informer que ses collèques de l'I.G.R approuvaient sa proposition. Tout le monde semble donc d'accord sur le principe de tenter l'expérience d'un mois sans chimiothérapie. Il a toutefois insisté sur ses craintes et celles de ses collègues de voir la tumeur de Aude reprendre de la vigueur un jour ou l'autre.

Lorsque des succès ont été enregistrés dans la lutte contre le médulloblastome, c'est selon lui quasi toujours lorsque la tumeur était bien localisée et que plusieurs techniques avaient pu être utilisées conjointement pour l'éradiquer dès son apparition.
La chimiothérapie seule a par contre rarement permis de venir à bout de ce type de tumeur. Il y a bien eu quelques cas de survie à long terme, dont un celui que nous connaissons à Louvain-la-Neuve mais ils s'agissait de tumeurs locales d'enfants en très bas-âge qu'on ne pouvait traiter autrement et qui ont eu la chance de ne pas connaître ensuite de récidive. Il ne connait par contre aucun cas de survie dans une situation comme celle de Aude. Il nous l'avait dit lorsque nous l'avions rencontré pour la première fois il y a un an. Il le répète aujourd'hui.

Même si Aude a répondu à la chimiothérapie au-delà de nos espérance, même si les clichés ne montrent plus de nodules métastatiques, il préfère que nous ne nous fassions pas trop d'illusions : il est peu probable que la chimiothérapie ait détruit absolument tous les nodules, encore moins probable qu'elle ait anéanti le bulbe initial qu'il faut sans doute reconnaître dans la prise de contraste qui subsiste sur les clichés depuis 3 ans, même si personne n'oserait l'affirmer. Si la radiothérapie appliquée à dose maximale sur Aude ne l'a pas détruit il y a 3 ans, il est difficile d'imaginer qu'une chimiothérapie, même à forte dose, l'ait fait après la récidive.

Pour le docteur, nous vivons donc une pause. La tumeur va récidiver. Quand, il n'en a aucune idée : d'ici quelques semaines, si nous avons de la chance, d'ici un an, ou peut-être des années (mais on sent qu'il penche plutôt pour un terme assez court, sur base des statistiques et de l'étude dont je me suis déjà fait l'écho il y a quelques temps).

Nous voilà prévenu : quoi qu'il arrive, nous devrons vivre avec une épée de Damoclès sur la tête. Notre vie terreste ne sera jamais plus comme avant. A nous profiter au maximum des jours qui nous sont offerts.

Face à ce Destin, nous brandirons bien sûr un glaive d'Espérance et nous essayerons de ne pas faire honte à Celui qui nous a promis la Vie Eternelle et qui nous a permis de vivre des moments malgré tout exceptionnels dans une vie d'homme depuis 3 ans.

Pour l'heure, nous devons faire confiance à nos médecins et apprécier le souffle de vie qui est redonné au moral de chacun. Nous avons bien besoin.

 

Dans l'Espérance,

 

Philippe et Vieng

 < Précédent

 Suivant >