Vendredi, un peu après mon dernier
courrier, Vieng est montée dans mon bureau et m'a annoncé
que Aude avait 37°5. Pour Aude, qui a une température
moyenne de 36*, c'était le signe d'une poussée
de fièvre. Vieng a donc appelé l'hôpital
pour demander leur avis avant que tout le personnel ne soit parti
en week-end. La réponse nous parvint rapidement, sans
la moindre hésitation : Aude avait assez de neutrophiles
pour se défendre d'elle-même? Un simple antipérétique
suffirait normalement, en bref, il semblait inutile de l'hospitaliser
puisque ses résultats sanguins étaient bons."
Nous venions de frôler une hospitalisation de 5 jours !
Vieng a administré du Perdolan per
os à Aude et surveillé l'évolution de son
état. Vers 4h00 du matin, Aude s'est mise à pleurer.
Elle avait 40 de fièvre. Vieng lui a redonné du
Perdolan en faisant confiance à l'ange gardien de notre
fille : il ne pouvait plus nous jouer ce coup-là cette
fois-ci.
La journée de samedi s'est ainsi passée
avec des hauts et des bas, dans le calme. Au fil des heures qui
passaient, Aude reprenait de la vigueur et s'impatientait de
voir le petit cousin Lucas, qui devait venir dans la soirée
à la maison avec Sisaart et Anne-Sophie. Elle en oublia
sa fièvre et élimina du même coup tous les
virus de son sang : elle était en forme lorsque nos hôtes
arrivèrent le soir ! Je crois que pour rien au monde,
Aude n'aurait voulu rater ce moment. Cyrille non plus d'ailleurs,
qui nous a surpris par sa délicatesse et les bisous dont
il a couvert son petit cousin.
Dimanche, nous étions le 25 janvier.
25 janvier ? Cela ne vous rappelle rien ? Vriament ? Mais oui,
Cyrille a 3 ans ! Déjà 3 ans !
Je n'aurai jamais assez de mots pour exprimer
la complicité qui l'unit à sa grande soeur depuis
ce jour d'octobre 2000 où Aude et lui ont, chacun à
leur manière, dû lutter pour leur survie. Aude,
en pleine crise, proche de l'ombre, pensait alors ne jamais connaître
son petit frère. Je n'oublierai pas, et elle non plus,
l'émotion avec laquelle elle a pourtant pu découvrir
son visage à 4h00 du matin à l'hôpital. Le
courage de Vieng restera bien sûr tout autant dans nos
mémoires, elle qui avait refusé d'être alitée
au dizième étage pour pouvoir rester auprès
de Aude au huitième durant les derniers mois de sa grossesse,
malgré la terrible épreuve qui nous était
imposée par le Destin !
Durant 3 mois, Cyrille a vécu les souffrances
de sa grande soeur depuis le ventre de sa maman. Depuis 3 ans,
il l'a accompagné dans toutes ses victoires, a égayé
de ses sourires des moments pathétiques et a partagé
certaines nos défaites,
Pour son anniversaire, Aude avait tout préparé
comme pour pour son propre bébé pendant que nous
étions accablés par un virus la semaine passée.
Elle avait bricolé et colorié de couleurs vives
un masque en forme de loup pour chacun de nos garçons,
puis leur avait préparé une magnifique couronne,
la plus grande étant pour Cyrille. Elle avait enfin emballé
un cadeau pour son petit frère avec la complicité
de sa maman. C'est donc avec une impatience bien naturelle que
Aude attendait le moment de pouvoir distribuer ses préparatifs
et lancer la fête. Auparavant, nous avons tous ensemble
préparé un gâteau au chocolat que Aude a
décoré avec amour de petites pastilles colorées
avec lesquelles elle a représenté un bonhomme et
des fleurs sur la surface cacaotée. Une merveille !
Sisaart ne pouvait pas rester avec nous pour
le déguster, mais qu'à cela ne tienne : c'est Noy,
David et Sarah qui se sont annoncés et qui ont passé
tout le dimanche après-midi avec nous.
Ce lundi, Aude était en pleine forme.
Plus le moindre soupçon d'un virus. Alors elle ne rêvait
plus que d'une chose : retourner à l'école ! Ce
qu'elle a fait bien sûr après l'heure de la récré,
puis l'après-midi ! Le soir, Aude était rayonnante.
Elle a demandé à Vieng de faire des pizzas pour
le souper, en a mangé 2 quartiers, puis a pris un flan
comme dessert et a demandé à sa maman de pouvoir
prendre encore une demi-bannane par dessus le tout ! Sa maman
était bien trop fière de la voir manger ainsi que
pour lui refuser !
Ce mardi matin, une résonnance magnétique
était au programme dès 7h45 à l'HUDERF.
Bénédicte, l'institutrice de Antoine, nous avait
très gentillement proposé de prendre les garçons
hier dans la soirée. C'est qu'il faut une bonne heure
pour faire le tour du Ring de chez nous jusqu'à l'HUDERF
le matin. Vieng avait décidé de garder Cyrille
avec nous, un peu pour le gâter, un peu pour accompagner
Aude. Cela faisait si longtemps qu'il fallait la bousculer pour
manger quelques grammes de nourritures !
Pour aller à l'hôpital, Cyrille
n'a pas prétendu enlever le pijama mauve qu'il avait reçu
de sa grande soeur pour son anniversaire ! En plus, le mauve
est sa couleur préférée, sans que nous sachions
d'où cela lui vient.
Vieng lui a donc passé un manteau par dessus et nous sommes
parti le plus tôt possible, vers 6h00 du matin. Nous sommes
arrivés tout juste à l'heure à l'HUDERF.
Aude était joyeuse, elle courait, dansait presque dans
le couloir qui mène à l'unité d'imagerie
médicale. Comme à l'accoutumée, elle a été
d'un calme exmplaire durant toute la durée des séquences,
pourtant pas très agréable ni pour les oreilles,
ni pour le moral : il faut subir sans bouger des bruits étourdissants
tout en étant enfoncé dans un tunnel pas plus large
que le corps d'un adulte ! A peine fini, Aude ne pensait plus
qu'à retrouver ses copains et ses copines à l'école.
Il nous faudra toutefois attendre plus d'une
semaine, c'est-à-dire jusqu'au 7 février pour rencontrer
le docteur Sariban et en discuter avec lui. Mais en attendant,
au diable nos soucis à nous, les adultes, même s'ils
ne manquent pas. La forme de Aude ses derniers jours, son appétit,
l'absence de nausées ou de vomissements depuis plus d'une
semaine, la manière dont elle a passé la semaine
dernière, tout cela nous rassure et nous persuade que
les résultats de la RMI ne peuvent qu'être bons.
Et cela suffit pour nous emplir de joie, par dessus toutes les
épreuves que Dieu accepte qu'il nous arrive, par dessus
tous les moments de doute.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng