Aude a passé une relativement bonne
journée. Pas de vomissement, pas de pleurs, pas trop d'angoisses.
Le temps est très chargé ici, avec pluies très
fortes, rafales de vent et préavis de tempêtes (sans
que la tempête ne soit arrivée). Même si Aude
n'est pas encore en aplasie, il n'est pas question de la laisser
aller se refroidir et attraper un virus dehors ou à l'école.
Elle a donc passé la matinée avec Vieng dans sa
chambre à remplir un cahier d'exercices d'écriture,
de calcul et de fonctions logiques. Pas vraiment des exercices
de quatrième année, mais Aude doit encore se perfectionner
sur le plan de la motricité fine de sa main gauche, que
vous savez qu'elle a désormais adoptée de manière
préférentielle. Un petit entretien des fonctions
mathématiques élémentaires s'impose aussi
de temps à autres, vu le peu de jours qu'elle a été
à l'école le dernier trimestre. Enfin, des petits
exercices de logique ne font pas de tord et nous permettent de
nous rassurer : Aude a encore bien toute sa tête et n'est
pas en phase de régression mentale. Et comme Aude était
en forme s'ennuyait hier matin, Vieng a pensé que c'était
un bon signe et le moment de la faire retravailler un peu. Aude
s'est appliquée et a fait bien plus de pages sur la journée
que je ne l'aurais imaginé, même si, pas bête,
elle a évité certains pages dont les exercices
demandaient un peu plus de concentration.
Tout cela indique que si Aude présente
encore des signes de faiblesse liés à la cure de
chimiothérapie, elle retrouve petit à petit de
l'énergie et commence à trouver le temps un peu
long avec nous. Elle est donc ravie de retrouver ses frères
lorsqu'ils rentrent de l'école et s'inquiète de
ce qu'elle fera les jours à venir.
En début de soirée, les enfants
apprécient de regarder les dessins animés proposés
par Bla-Bla, leur marionette favorite de la télévision.
Lorsque l'émission se termine, ils se déchargent
un peu et se défoulent, par exemple sur les modules de
psychomotricité de Aude que nous avions acquis il y a
3 ans, lorsque Aude commençait à récupérer
ses fonctions motrices. Xavier et Antoine adorent déplacer
et escalader ces gros blocs de mousse recouvert d'une toile très
résistante et qui forment des cubes, des demi-cercles
et autres boudins. Cyrille les regarde, il veut jouer avec ses
frères, "je suis grand maintenant" nous répond-il
quand on veut l'inviter à laisser ses frères seul.
Hier, Vieng préparait le souper, j'étais absent
Si j'ai bien compris, Antoine avait empilé les modules,
les a escaladé et la pile s'est écrasée
sur son petit frère ! cela s'est terminé par un
gros oeil au beurre noir pour Cyrille !
Le soir, Xavier m'a demandé de lui
lire une histoire. Il a ramené de l'école le même
livre que la semaine précédente. "ON n'est
pas obligé de changer" m'a-t-il dit. Je devine qu'il
doit se reonnaître dans la dynamique des personnages et
l'interpellation des principes logiques qui est mise en oeuvre
tout au long du récit par la remise en question des principes
fondamentaux : un trou se déplace verticalement et se
couche par exemple devant les héros pour les précipiter
dans l'obstacle et ne relâche ses proies qu'en explosant
lorsqu'il sature ! Tout ceci crée un climat irrationnel
autour du scénario où je devine que Xavier apprécie
de laisser vagabonder son imagination débordante.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng