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19 novembre 2003

Veilles de novembre

 

 

La vent qui a soufflé vers 3H00 cette nuit de mardi à mercredi sur Ottignies n'a pas seulement fait trembler les portes et les fenêtres de notre demeure. Chaque bourrasque, chaque estoquade, chaque simple goutte de pluie qui tantôt frappait les vitres, tantôt se laissait langoureusement tomber sur le pavé, chaque bruissement, chaque craquement, un rien suffisait pour que tout mon être tressaille à l'idée qu'un visiteur pourrait se présenter devant moi comme la veille.

Bien des soirs d'orage, bien des tempêtes ont façonné le père rêveur que je suis. Et pourtant, aussi profondément que je sonde les terres arides de mes jardins secrets, je n'y trouve aucune expérience similaire à celle que je viens de vivre la nuit de lundi à mardi.

Lundi soir, j'avais travaillé tard et j'étais dans le salon sur le point de rejoindre mon lit vers 2h00 du matin lorsque j'ai entendu quelque bruit du côté de la cuisine qui jouxte celui-ci. J'ai d'abord pensé que Vieng s'était levée et s'était diriger dans cette pièce par le couloir sans que je ne m'en apperçoive. Puis j'ai identifié la source du bruit comme venant non pas de l'intérieur, mais du petit passage couvert qui jouxte notre maison et permet d'accéder au salon ou à la cuisine par l'extérieur. Encore un chat qui s'attaque à nos poubelles, me dis-je, bien que supris par le côté métallique des sons. Ni une ni deux, j'ouvre la porte pour chasser l'animal et à ma grande surprise, je constate qu'à 2 ou 3 mètres de moi, un homme cagoulé et qui se cache le visage déambule calmement dans notre pelouse et se dirige vers l'arrière de notre maison.

La police me confirmera un peu plus tard qu'un rodeur leur a été signalé dans le quartier une heure plus tôt.

Autant dire que ni Vieng ni moi n'avons bien dormi ni cette nuit, ni celle qui vient de suivre, et ce, malgré les rondes de la police. Non pas que nous ayons grand chose à voler, mais plutôt, parce que nous craignons pour nos enfants. Vieng reste en effet marquée par de telles rencontres nocturnes dans sa petite enfance et nous craigons qu'une telle expérience ne traumatise à son tour notre progéniture.

Nous pensions qu'ils ne s'étaient heureusement rendus compte de rien malgré la tension qui a suivi ce bref incident et la visite de la police qui en a découlé.

A son lever pourtant, Aude a raconté à sa maman qu'elle m'avait entendu lui parler d'un homme cagoulé et de policiers durant la nuit. Elle était si fatiguée qu'elle était restée dans son lit. Pour la rassurer, Vieng a dédramatisé la situation et lui a dit que des policiers étaient effectivement venus dans la pelouse voir s'il n'y avait pas de voleur. Peut-être l'un d'eux était-il cagoulé. Ce qui n'est pas faux non plus. Qu'auriez-vous fait à sa place ?

Nos 4 enfants nous ont ensuite rappelés à la réalité quotidienne. Aude a vomi plusieurs fois dans la matinée. On peut supposer que les antihémétiques qu'elle a pris la semaine passée durant la cure de chimiothérapie ne font donc plus d'effet et que les drogues de chimiothérapie sont par contre elles toujours bien actives. Pourquoi aller imaginer autre chose ?

Merci à tous ceux d'entre vous qui ont transmis à Aude un petit signe à l'occasion de sa fête ce 18 novembre.

En début de soirée, Noy, la soeur de Vieng qui habite Hotton, a téléphoné. A l'heure où je termine ce mail, elle devrait accoucher d'un petit bébé.

Nous pensons évidemment très fort à elle et son mari, qui doivent vivre ensemble des moments de joie et douleur partagés, eux qui ont perdu leur premier garçon à la naissance dans des circonstances dramatiques il y a quelques années.

Nous sommes très heureux qu'après cette dificile expérience, ils aient pu puiser dans l'Espérance la force de concevoir un second enfant ! Et ce, d'autant que Noy avait réservé à Vieng une surprise de taille en lui proposant d'être la marraine du bébé à naître aujourd'hui !

Je crois qu'on ne pouvait pas offrir de plus beau cadeau à ma tendre épouse en ce moment.

 

Dans l'Espérance,

 

Philippe et Vieng