1 octobre 2003
Aude retourne à l'hôpital
Depuis l'inflammation surprenante de la semaine dernière, Cyrille ne présente plus de signes inquiétants. Nous attendons les résultats de l'analyse de sang, mais la dermatologue se veut rassurante : ce type d'inflammation est spectaculaire, mais ne risque pas de dégéréner en scepticémie.
Curieux hasard de la Providence, cette visite fut l'occasion pour Vieng d'apprendre que la fille de dermatologue avait été traitée avec succès pour le même type de tumeur que Aude il y a près de 15 ans. Elle n'avait pas connu de récidives et avait été sauvée par un traitement de 2 ans de chimiothérapie. Autant dire qu'un tel témoignage nous réconforte, même si un cas n'est pas l'autre et si celui de notre fille présente un pronostic sévère du fait de sa récidive métastatique.
Aude se prépare en ce moment pour rentrer à l'hôpital pour la troisième cure de chimiothérapie au VP16/carbo-platine depuis la réorientation du traitement en juin. Elle durera 3 jours, jusque vendredi donc.
La forme de Aude avant de s'y rendre était éblouissante. Vieng a testé sur elle depuis 10 jours un régime selon les principes de Sainte Hildegarde de Bingen, dont j'aurai sûrement l'occasion de reparler dans un prochain message. Depuis ce jour, elle ne vomit plus et a repris du poids, alors qu'elle avait perdu plus de 700 grammes entre les 2 cures précédentes et nous avait tant inquiété par la fréquence de ses vomissements.
Lorsque Vieng m'avait parlé il y a quelques semaines de ce genre de régime dont elle avait entendu parler quelques instants lors d'une émission télévisuelle, je dois avouer que j'étais plutôt sceptique. Je l'étais encore plus lorsque, désespérée de voir Aude se dégrader au fil du mois d'août, Vieng était finalement revenue de la librairie avec quelques livres sur le sujet sous le bras. Oserais-je décrire ma réaction lorsque, il y a environ 10 jours, elle revint à la maison avec du pain d'épautre, des betteraves rouges, des chataîgnes sous toutes les formes, du fenouil, toutes sortes d'aliments qui n'entraient jusqu'ici jamais dans notre alimentation.
Je n'ai pas encore trouvé le temps moi-même de me plonger dans les livres que Vieng étudie avec attention. Je peux donc à peine vous parler de cette visionnaire du XIIème siècle, le siècle de Bernard de Clervaux (1090-1153) et des premiers cisterciens et de la chanson de Roland. Hildegarde était réputée à son époque une bénédictine réputée pour ses prophéties et son don de connaissance (hildegarde). C'est à partir de ses visions qu'elle a rédigé un exposé assez surprenant du fonctionnement de notre anatomie, de maux et de remèdes. Une des caractéristiques de sa médecine repose sur le principe que la santé de l'homme ne peut être dissociée des liens qui l'unisse à l'ensmble de la création divine.
Je dois admettre que je m'étais trompé (une fois encore, dira Vieng quand elle lira ces propos). Aude, qui avait les muscles tout flasques il y a un mois, a restauré sa musculature. Son équilibre et sa stature en témoigne. Nous n'avons même plus estimé utile d'emmener avec nous la poussette dans laquette nous l'emmenions jusqu'ici pour de longs déplacements à pied. Nous sommes curieux de voir son poids sur la balance de l'hôpital cet après-midi.
Vous vous demandez donc peut-être pourquoi vous n'avez pas reçu de nos nouvelles depuis presque une semaine. Si vous interrogez Aude, elle vous racontera avec ses mots la curieuse aventure dans laquelle nous l'avons embarquée. Une fois encore, elle commence sur "notre" route de Damas, lorsque nos désormais amis de l'association de Soufanieh en France nous ont fait parvenir ce morceau de coton imbibé d'huile d'olive au nom de Notre Dame.
Dans le petit mot qui accompagnait ce précieux échantillon, ils nous recommandaient de participer à une retraite qu'un prêtre indien du nom de James Manjackal, membre de la Congrégation des Missionnaires de St François de Salle, devait donner ce week-end à Lilles. "Son enseignement et sa prière permettent au Seigneur de guérir souvent l'âme et le corps" nous avait-on rapporté. Depuis plus de 25 ans, il prêche dans le monde entier, proclamant par toute la terre notre vocation à la sainteté. Il entamait ce week-end une tournée en France qui le doit le conduire successivement à Lilles, Lourdes, en Bretagne, à Poitiers et en Alsace. Vous en saurez plus en visitant le site internet consacré à sa mission
Ce que nous y avons vécu est indiscible et d'ordre très personnel. Je m'en voudrais toutefois ne pas rendre grâce ici pour tous ceux qui nous aident au fil des jours depuis bientôt 3 ans et sans qui nous n'aurions pû connaître cela.
Mêm si cela nous est difficile, je rends
grâce à Dieu pour la maladie de Aude, pour tout ce
qu'elle nous a fait grandir dans notre foi. Le plan de Dieu pour
notre famille nous est encore caché, mais notre quête
du sens du mystère de la souffrance prend peu à
peu une autre dimension et devient quête du sens du Mystère
de la Rédemption divine, du Sang versé pour sauver
l'humanité entière par Jésus Christ.
Qui sait, peut-être être qu'un jour nous arriverons
à prononcer l'acte
d'Amour du Curé d'Ars dans son intégralité,
en Esprit et en Vérité !
"Vérifiez tout: ce qui est bon, retenez-le" (I Th 5, 21). Permettez-moi d'utiliser maintenant ce message autant pour témoigner que pour graver dans ma propre mémoire les derniers moments de cette retraite, qui s'est clôturée par une assemblée durant laquelle les participants qui remplissaient l'église prirent part à une immense prière de louange et d'invocation de l'Esprit Saint en présence du Saint Sacrement. Chacun fut alors invité à se présenter devant le père Manjackal pour qu'il lui impose les mains et appelle sur lui l'Esprit Divin. Et là, tous les trois, comme les innombrables participants à cette assemblée, nous avons été témoins de la Force indescriptible que libère de ses mains le père Manjackal au seul nom de Jésus.
Croyez-moi ou non, moi qui croyait avoir la Foi, jamais je n'aurais cru qu'il pouvait en être ainsi, jamais je n'avais ressenti à ce point la présence réelle de Dieu.
Il m'était bien déjà arrivé
lors de réunions de prière de voir des gens se laisser
tomber dans ce qu'on appelle le Repos de l'Esprit.
Le repos dans l'Esprit est une manifestation charismatique de
l'ordre de celles décrites dans l'épître aux
corinthiens (chapitre 12) :
Celui qui y est sujet (généralement dans des assemblées
de prière du renouveau charismatique) se sent envahir par
une grande paix et tomber doucement en arrière dans un
état de repos. Le fait qu'on puisse en sortir à
tout instant élimine l'hypothèse d'une hypotension
que par définition on ne peut controler avec la volonté.
Lorsque qu'une ou deux personnes tombent ainsi devant vous dans
une assemblée, on peut toujours croire à une supercherie,
à un acte guidé par un débordement d'émotion,
à une certaine fragilité psychologique. Ceux qui
le vivent affirment souvent que c'est l'occasion d'une guérison
intérieure qui est ressentie comme un don de l'Esprit Saint.
(En
savoir plus)
Ces appréhensions perdent tous leurs fondements lorsque
que vous voyez comme ce lundi tomber devant vous peut-être
une centaine de personnes dans cet état de grâce
sous vos propres yeux.
Pour des raisons qui nous sont propres, nous étions dans les derniers à nous présenter devant le père Manjackal pour qu'il nous impose les mains à notre tour. Lorsque vint le tour de Aude et de moi-même, quelle ne fut pas ma surprise de ressentir l'Esprit qui était invoqué sur moi comme une très forte décharge électrique qui me traversait tout mon corps, comme une sacade de secousses, d'ondes qui me secouaient de haut en bas, comme si le prêtre avait pratiqué sur ma tête avec un marteau piqueur, mais sans douleur et avec un sentiment de paix inexprimable, et alors que, bizarrement, mes sens m'indiquaient que ses mains étaient d'abord encore distantes de ma tête, puis immobiles sur celle-ci.
J'ignore totalement combien de temps cela a duré, mais j'affirme avoir expérimenté ce lundi l'action concrête de notre Dieu, je l'ai senti secouer tout mon Etre, me témoigner de Sa Présence physique parmi nous. Et ce moment, je l'associe à l'image de cet enfant qui a tresseailli d'allegresse dans le ventre d'Elisabeth sous l'action de l'Esprit Saint lors de la visite de Marie, sa cousine, premier tabernacle de notre histoire sainte : comment se peut-il que mon Seigneur vienne ainsi jusqu'à moi ? Permettez que je garde à mon tour toutes ses choses en mon coeur, mais que je perde toute réserve pour l'affirmer : Notre Dieu est Amour, Il est Vivant parmi nous !
Si vous doutez de ce que je vous raconte-là, si vous doutez maintenant de l'efficacité de vos propres prières à notre attention, si vous me prenez pour un fou, si vous pensez que j'ai pensé que nous avons été victime d'un médium manipulant une énergie quelconque, je vous comprends, "me voilà devenu insensé !", mais je vous assure, si je suis "imbibé" en ce moment, ce n'est pas d'alcool ou d'une quelconque substance, mais de louanges et d'action de grâces, non pour ma propre gloire, mais pour celle du Christ dont la Puissance s'est déployée dans mes faiblesses.
Si vous en doutez en sincérité ou si voulez vivre vous aussi un tel instant, rendez-vous à l'une de ses prochaines conférences du père Manjackal en France, qui est un prophète pour notre temps (voir le lien internet).
Ce moment de grâce passé, mon émotion fut grande d'entendre Aude me témoigner à son tour qu'elle avait ressenti elle aussi ce tremblement de tout son être qu'elle me décrivit avec ses mots d'enfants.
Entretemps, Vieng avait disparue de notre vue, emportée par la foule dans un autre groupe. Lorsqu'elle nous a rejoint quelques minutes plus tard après avoir suivi la file des participants à son propre rythme, elle nous partagea la même Joie.
En ce qui concerne le traitement, nous sommes revenus de Lilles avec bien des questions non résolues, mais aussi avec le sentiment que nous devons poursuivre le traitement prescrit par les médecins, aussi lourd soit il, et cela, aussi longtemps que des symptomes subsisteront. Il serait insensé d'interrompre la chimiothérapie dans l'incertitude.
Plus grave, nous sommes lentement, très lentement amenés à accepter l'idée que Aude est appelée comme chacun de nous à partipicer au mystère de la Rédemption et que le plan d'Amour de Dieu pour elle est peut être différent de notre volonté de la voir guérir. N'est-elle pas, comme nous, appelée par son baptême à être "unie au Corps du Christ livré pour nous, indissolublement unie à Sa Passion et à Sa Résurrection" ?
Faut-il préciser que nous avons encore bien besoin de vos prières à ce propos. Et, comme nous y a invité le Christ à Soufanieh, "notre" Damas, " si vous priez , dites : « O Père, par les mérites des Blessures de Ton Fils Bien-aîmé, sauve nous !" ».
Dans l'Espérance et la Confiance,
Philppe et Vieng