Mardi 1 avril 2003
Etat sanguin, Aude n'oublie pas le premier avril
Lorsque j'ai mentionné hier les nausées de Aude, je n'ai pas eu le temps d'ajouter que Aude n'avait plus de Litican depuis le matin et avait également pris sa dernière de Zofran durant la journée.
Aude a passé une bonne nuit. Elle a encore vomi par deux fois au lever. Elle était faible et susceptible avant d'aller à l'hôpital pour la prise de sang.
Elle n'avait toutefois pas oublié que nous étions le premier avril et préparait des poissons lorsque je suis rentré de l'école où j'ai conduit assez tard les garçons.
Nous sommes ensuite allés à l'HUDERF où la prise de sang a été réalisée par le doigt, ce qui n'est visiblement pas très agréable (mais le docteur S. avait insisté pour ce type de prélèvement pour avoir une bonne idée du taux de plaquettes dans le sang).
Nous avons discuté avec le personnel soignant des nausées de Aude. Le docteur S. a conseillé de prescrire de l'Oradexan, un corticoïde "plus approprié à sa pathologie cérébrale que les médicaments prescrits pour les nausées liées à la chimiothérapie". Un médecin nous a expliqué le soir que la cortisone est aussi utilisée comme antiémétique.
De retour à la maison, Aude était plus détendue et blaguait même durant le repas. Elle adore habituellement les soupes à base de pâtes chinoises. Elle a choisi ce menu et pour une fois, elle a bien mangé.
Vers 15h00, elle a dormi une demi-heure. Elle s'est réveillé en bonne forme, blanguant et riant. Nous retrouvions là Aude comme nous la connaissions, ou presque, en étonnante forme, malgré quelques signes de faiblesse.
Sans nouvelles des examens du matin, Vieng a téléphoné à l'hôpital, où l'infirmière a déclaré que les ordinateurs étaient en panne, qu'elle ne pouvait accéder aux données et qu'il fallait retéléphoner demain. Les ordinateurs ignorent tout de l'angoisse des parents, évidemment, à moins qu'ils ne soient utilisés comme arguments pour masquer de moins bonnes nouvelles qui ne nous seront dévoilées que demain par une personne autorisée ? Le doute et l'angoisse s'entremêlent !
Toute la fin de l'après-midi, Aude rit, blague, se montre espiègle, colle des poissons d'avril à toutes les personnes qui sont à sa portée ! Au point qu'il faut parfois même la reprendre, voire, instants tragiques pour nous, la gronder. Le soir, elle réclame à nouveau une soupe de pâtes chinoises et mange un peu plus que la veille.
Le voyage à Paris il y a quinze jours nous a redonné force, paix et, très curieusement, une certaine joie intérieure par moment, sans doute la délivrance d'avoir trouvé quelques médecins qui voulaient encore se battre avec nous pour tenter de sauver Aude, sûrement la force que donne le soutien si intense que vous nous témoignez chacun, par delà nos doutes, l'Espérance inexplicable que Dieu réalise là aussi son plan d'Amour sur chacun de nous, aussi difficile que cela puisse être à comprendre et donc à accepter.
Nous ne sommes pas fait d'un autre bois que celui qui compose chacun de nous. Aude nous pousse à garder le cap, si possible sans céder au désarroi du moyen terme, en saisissant chaque moment du présent, au jour le jour, instants après instants. Parfois trop lourd fardeau, parfois flot de grâces qui nous est accordé alors que tant de parents ont perdu un enfant, parfois plusieurs, sans avoir l'occasion même de les serrer dans leurs bras avant l'ultime au-revoir.
Et malgré ces motions, les tempêtes, les orages continuent d'éclater en nous -et entre nous-, aussi stupide que cela puisse paraître lorsque nous retrouvons un peu de notre lucidité. Vous comprenez j'en suis sûr que je ne m'étende pas sur ces moments de désespoir et de doutes.
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng