Mercredi 27 mars 2002
De Saint-Luc aux urgences à Ottignies
Ce mardi 26 mars a été une journée très mouvementée qui restera dans notre mémoire.
Lundi, le 25 mars donc, la secrétaire du docteur Sebire nous a téléphoné pour avancer notre rendez-vous de quelques jours, proposant que Aude vienne en consultation dès ce mardi.
Après une nuit raccourcie par les pleurs de Cyrille qui fait des dents et souffre de rhinite, Vieng est partie à son travail le matin, tandis que je conduisais Aude, Xavier et Antoine à l'école. Cyrille dormait alors, de sorte que je l'ai conduit vers 10h seulement à la crèche, un peu avant de reprendre Aude à l'école. Il s'agissait justement d'une matinée consacrée à l'opéra, avec des professionnels venus partager leur expérience avec les enfants. Mais voilà, Aude ne pouvait rester. Nous avons donc été ensemble à Saint-Luc, Bruxelles, où Vieng nous a rejoints (son lieu de travail principal est quasi au fond du même couloir que le bureau où le docteur Sebire consulte).
Le docteur nous a confirmé les bons résultats de la résonance magnétique. Il a partagé avec nous son impression que Aude avait fort progressé depuis la dernière consultation : ses gestes sont plus sûrs, sa démarche plus droite, même si loin d'être parfaite, son regard et les mimiques de son visage beaucoup plus expressifs. Il a fait état du rapport également positif qu'il a reçu du dernier examen ophtalmologique. Nous avons évoqué ensemble la scolarité de Aude. A l'instigation du docteur, Aude a montré qu'elle pouvait se tenir quelques secondes en position monopodale sur le pied gauche, mais toujours pas vraiment sur le pied droit. En conclusion, le docteur a estimé son optimisme pour l'avenir, tout en soulignant que les progrès pourraient encore s'étaler sur plusieurs années. Il a proposé de prendre rendez-vous pour une prochaine résonance magnétique dans 6 mois et de se revoir ensuite, sauf bien sûr s'il y avait de nouvelles raisons de s'inquiéter.
Nous sommes donc sortis de son cabinet plein d'enthousiasme et avons été manger un bout à trois, avant que Vieng ne reprenne son travail et nous ne rentrions à Louvain-la-Neuve.
J'ai reconduit Aude à l'école, où elle avait hâte de rejoindre son groupe. Je suis alors rentré à la maison, où le travail m'attendait. C'était toutefois sans compter sur le destin : à peine remis au travail, le téléphone sonne. Je reconnais le numéro de l'école sur le combiné. Vinciane, l'institutrice de première primaire, me confie que Aude a fait une chute dans la cour de récré, qu'elle s'est blessée sérieusement à l'arcade sourcilière, qu'elle ne pleure plus (elle a hurlé) et qu'elle me conseille d'aller avec elle voir un médecin pour mettre des points de suture. Mon sang n'a fait qu'un tour, le temps d'un juron. Retour à l'école, où je retrouve Aude, rassurée, le visage lavé. Sa joue est sérieusement griffée. Ses lunettes aussi. Au dessus de ses yeux, un peu caché sous une mèche de cheveux, un gros trait rouge, long de 3 centimètres, juste à hauteur de la racine des sourcils. Assez large. Il ne saigne plus, heureusement. hésitations sur la décision à prendre. Vieng, que j'ai fait prévenir, m'appelle sur mon mobile et me conseille d'aller aux urgences à Ottignies, où un spécialiste évaluera mieux qu'un médecin, pense-t-elle, s'il faut ou non placer un point de suture. Il est vrai que Aude est sujette aux chéloïdes et que les cicatrices des plaies chirurgicales sont maintenant très boursouflées. Je suis l'avis de mon épouse et me rends à l'hôpital d'Ottignies, tout proche. Aude me rappelle qu'elle y était venue il y a plus d'un an et qu'ici, on avait eu les moyens de la traiter. Puis commence une longue attente dans le service d'urgence. Sans inquiétude, mais un peu de nervosité, car j'avais promis à la crèche de reprendre Cyrille en revenant de Bruxelles, après un saut à la maison, et en pensant aux garçons. Le temps passe, il y a de plus en plus de monde dans la salle. Un garçon de l'âge de Aude s'est fait une vilaine plaie au front. Je me dis que nous avons finalement de la chance. Vieng nous rejoint vers 16h30. Elle aurait dû assister à une réunion du personnel concernant la répartition des tâches pendant les vacances (de trop nombreuses infirmières ont demandé leurs congés en août). Vu la situation, elle a décidé de revenir au plus vite. Finalement, un médecin examine Aude. Un morceau de peau a été emporté dans la chute. Impossible de faire une suture propre à cet endroit. Il désinfecte donc la plaie et pose des séristrips. Aude en gardera très probablement une cicatrice, mais le médecin affirme ne pouvoir rien y faire. Interdiction d'aller à la piscine jusqu'au 8 avril. Je file rechercher Cyrille à la crèche et les garçons à l'école. Il est presque 18 heures.
Lorsque je rentre à la maison, les enfants sont un peu nerveux. Moi, abattu. Je m'installe dans le fauteuil et demande à Antoine d'aller me chercher une cuillère dans la cuisine, pour donner à manger à Cyrille, pendant que Vieng trouve le courage de préparer le souper. Il revient d'abord avec une fourchette. Je le renvoie chercher le bon couvert. Soudain, un premier grand bruit, suivi d'un second. Vieng appelle au secours, Antoine crie. Que s'est-il réellement passé, je ne le sais pas. Je suppose qu'Antoine s'est pendu au tiroir à couvert. Le meuble qui n'était pas attaché au mur depuis notre arrivée dans la maison il y a 2 ans a basculé. Antoine est coincé entre le tiroir et la table de la cuisine. Heureusement, sa petite taille et son ange gardien l'ont protégé du pire, la chute de l'étagère à rideau posée sur ce même meuble, avec tout ce qu'elle contenait, dont des médicaments en boîtes et en flacons dans la partie supérieure. Tout a volé en vrac dans la cuisine, qui est dans un état pas possible. Nous l'avons échappé belle. J'aide Antoine à se dégager, Vieng l'examine sous toutes les coutures. Il se plaint d'avoir un peu mal à la poitrine, mais heureusement, ce n'est pas important. Dans un éclair, je me voyais reprendre le chemin des urgences !
Quelle journée !
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng