Jeudi 9 août 2001
Vacances, ambiance et improvisation
Aude, qui ne pleurait quasi jamais avant novembre dernier, a été fortement fragilisée par sa maladie, spécialement depuis son retour à la maison.
Elle éclate de rire, "comme avant", puis éclate en sanglots pour ce qui nous paraît une futilité quelques instants après. Elle a un coeur d'or habituellement avec ses frères, mais il suffit parfois qu'un d'entre eux emprunte un de ses objets familiers pour qu'elle fonde en larmes et en cris. Elle a ainsi évolué vers un tempérament très sensible, qui provoque en nous un malaise : comment réagir face à cela ? Difficile d'être ferme face à un enfant fragilisé, habituellement aussi adorable que Aude, losqu'il ne vous écoute pas, se fâche contre vous de manière irrationnelle, voire en arrive parfois à vous agacer par ce qui pourrait paraître à d'autres comme des caprices !
La fatigue semble être le facteur important dans son comportement. Elle s'épuise parfois très vite et montre alors des signes inquiétants dans son comportement, tant sur le plan moteur que sur le plan psychologique. A quoi attribuer sa fatigue ? Nous vivons sans cesse avec cette question lancinante, ce point d'interrogation ancré au fond de notre coeur, cette épée de Damoclès au milieu de nos joies.
Vendredi, le 5 août, Aude a sorti son vélo du garage et nous a fait la surprise de reprendre son petit vélo (avec stabilisateur) pour se promener dans la rue. Il y a peu, elle aurait encore perdu l'équilibre, mais cette fois, elle semble avoir trouvé la stabilité.
Quant à Vieng, aidée de sa soeur et de mes parents, elle a activement préparé ces derniers jours l'arrivée à la maison de 4 oncles et tantes avec lesquels elle a vécu sous le même toit pendant une dizaine d'années au Laos, avant que les guerres et les crises politiques du Sud-Est asiatique n'amènent la famille à fuir et à se disperser à travers le monde. 20 années sont ainsi passées avant ces retrouvailles, ponctuées de nouvelles sporadiques au gré des voyages de l'un ou l'autre.
Depuis ce mardi 7 août, l'ambiance est indescriptible à la maison, telle que seuls peuvent probablement comprendre ceux qui partagent leur vie familiale entre plusieurs cultures, plusieurs langues. J'espérais pouvoir communiquer en anglais avec nos invités -qui vivent en Californie-, mais ceux-ci ne parlent quasiment que le chinois mandarin, que je ne parle pas moi-même et que Vieng prétend souvent avoir oublié. Heureusement, la pratique a démontré le contraire ! Il y a tant de choses à se raconter en quelques jours !
Cyrille s'est immédiatement fait adopté et se fait gâter par ses grandes tantes. A son âge, la langue n'est pas un obstacle pour communiquer. Son bon caractère, ses sourires, ses éclats de rire ont fait le reste.
Aude, Xavier et Antoine ne se sont par contre par encore vraiment habitués à cette nouvelle situation. Ils avaient déjà tous vécu des réunions de famille où les échanges belgo-franco-sino-laotiens suscitaient l'éveil de leur Belgitude. Mais jusqu'ici, la langue française restait malgré tout un commun dénominateur entre tous. Cette fois, leurs sens sont titillés par la culture de leur maman qu'ils découvrent et observent avec timidité, distance et parfois un peu de jalousie. Mais que peut bien raconter maman à ces oncles et tantes au point de paraître nous oublier ?
Une grande balade dans le vieux Bruxelles - par chance, entre deux ondées très généreuses - s'imposait naturellement pour la première journée. Aude l'a terminée dans mes bras, après avoir bien marché. Xavier et Antoine ont couru de fontaine en fontaine, sous l'oeil attentif et ébahi de Cyrile : Manekenpis, Jannekepis, fontaine Buls, fontaines du Mont des Arts. Suivez le guide, svp !
Le programme des jours à venir ressemblera probablement à un parcours du Tour de France ! Avec comme principale différence, la totale improvisation des étapes et du prologue !
Dans l'Espérance,
Philippe et Vieng