< Précédent Suivant >

Samedi 6 janvier 2001

Il y a des maladies plus graves que le cancer

 

Il y a des maladies plus graves que le cancer de Aude qui ne sont pas couvertes par la sécurité sociale. Elles détruisent l'homme, ses facultés de jugement, et de là, ses facultés de s'insérer dans la société, sans que la société elle-même soit capable de trouver une réponse adéquate pour les éradiquer. Comment expliquer autrement le geste de cet inconnu qui, hier soir, s'est emparé du sac de Vieng et de son contenu ?

Il était environ 5 heures. Vieng venait de remonter de la salle de kiné avec Aude. Dans le couloir, elle a croisé une infirmière et lui a demandé de l'aide pour laver les cheveux de Aude. Cette opération est délicate, car il faut veiller à ne pas effacer les tatouages qui servent de point de repères pour la radiothérapie. Comme l'infirmière était disponible, Vieng est vite rentrée dans notre chambre, la dernière au fond du couloir de neuropédiatrie avant la salle de jeu réservée aux patients. Elle a déposé sa sacoche dans l'armoire, a pris le nécessaire de toilette et est sortie pour rejoindre la salle de bain quelques portes plus loin de l'autre côté du couloir.

Lorsqu'elle est revenue avec Aude quelques minutes plus tard, la table de nuit avait été déplacée et son sac avait été emporté. 5 minutes plus tard, quelqu'un le retrouvait, vidé d'une partie de son contenu. Un homme l'avait abandonné dans les toilettes des visiteurs, à l'entrée du service.


Quelqu'un avait donc forcément assisté à l'entretien de Vieng avec l'infirmière ou avait vu Vieng rentrer furtivement déposer son sac de sa chambre. Sans se poser de questions, il n'a pas hésité à rentrer dans la chambre, à s'emparer de celui-ci et à se précipiter à l'autre bout du couloir pour le vider dans les toilettes des hommes. Il l'a abonné là, avec une foule de papiers sans importances qu'il contenait. Il a emporté avec lui de la monnaie, un porte-monnaie avec quelques centaines de francs et 2 cartes bancaires, le GSM de Vieng et le petit c˛ur en or pur du Laos qui m'avait été offert par ma belle-famille lors de notre mariage et que j'avais ôté de mon cou quelques jours plus tôt pour accompagner Aude lors des radiographies et de quelques autres examens.

Un butin d'une importance matérielle relative, somme toute, s'il n'occasionnait des tracas et une perte de temps dont nous nous serions bien passés. Nous voilà maintenant obligés de perdre du temps à faire des déclarations de vol, à bloquer nos comptes et autre abonnements de GSM, à contacter l'administration pour obtenir le duplicata de documents volés, dont le permis de conduire de Vieng et la carte de sécurité sociale de Aude.

Le pire, c'est que cela n'est pas un acte isolé. Ainsi, la salle de jeu est fermée le soir et les week-end à cause des vols de jouets qui y étaient régulièrement perpétrés. Une aide-soignante me disait que l'an dernier, une dizaine de petits trotteurs tous neufs avaient disparus en une quinzaine de jours.

Hôpital ou pas, il y a donc dans notre société des détraqués que rien ne rebute, au point de nuire même à des enfants hospitalisés. "Mon Dieu, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".

Philippe et Vieng