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Merecredi 3 janvier 2001

Stupeur durant la quatrième séance de radiothérapie

 

Lorsque je suis arrivé à l'hôpital vers 8h00, Aude dormait toujours.  Nous l'avons laissée dormir jusque 8h20, juste à temps pour pouvoir faire sa toilette et la descendre avec son lit du huitième étage au moins quatre. Aude était plutôt fragile ce matin, pleurant pour un rien, ce qui n'est pas habituel chez elle. Dans l'ascenseur, Aude s'est endormie à nouveau.

La quatrième séance de radiothérapie de Aude s'est déroulée ce matin. Elle a été plus mouvementée que les précédentes. Comme les jours précédents, j'ai pris Aude dans mes bras pour la porter dans la salle de radiothérapie. Aude était mal réveillée à ce moment. L'anesthésiste l'a endormie dans cette position. J'ai aussitôt rejoint Vieng dans la salle de contrôle, comme nous l'avions fait les fois précédentes. C'est alors qu'à notre grande stupeur, nous avons vu l'anesthésiste s'agiter autour de Aude, la retourner, lui mettre un masque à oxygène alors que les infirmières présentes cherchaient pendant un instant trop long le bon tuyau pour connecter ce masque.  Il faut noter  qu'à la différence des fois précédentes, il n'y avait pas d'infirmière anesthésiste aujourd'hui et que le personnel présent était lui-même en nombre plus réduit que lors des séances précédentes.

Inutile de vous décrire l'émotion qui fut la nôtre. Pressentant que cet incident aurait pu être un véritable accident, Vieng a fondu en larmes. Compte tenu de ce moment d'émotion trop intense, l'infirmière chef nous a fait comprendre qu'il valait mieux que nous ne restions pas dans la salle de contrôle.  C'est dans le couloir que nous avons attendu La fin de la séance, qui s'est heureusement déroulée normalement après cet incident.

Cette expérience laissera des traces. Nous ne pourrons plus assister à une séance de radiothérapie sans repenser à ces instants, peut-être banals dans la vie des anesthésistes, mais moins anodins pour nous parents.  Que de questions nous hantent en effet sur les raisons qui sont à la source de ce moment de panique ? Sur ses conséquences éventuelles ? Que faut-il retenir de cela ? La maîtrise finale de la situation par l'anesthésiste ou le danger encouru ? Pourquoi a-t-on  commencé la séance sans avoir au préalable vérifié comment fonctionnait le masque à oxygène ? Une anesthésie par jour et 35 séances de radiothérapie, ce n'est pas du tout un geste banal. Un danger que nous avions tendance à minimiser a ainsi montré ses fers acérés après seulement 3 séances : la routine sera un de nos ennemis quotidiens. La moindre distraction, la moindre petite erreur de l'équipe médicale, aussi performante et sympathique soit-elle, pourrait être fatale à nos espoirs.

Pourrons-nous d'ailleurs encore assister aux séances depuis la salle de contrôle à l'avenir? J'en doute. L'infirmière chef a mesuré le risque pour Vieng d'interpréter avec trop d'émotion les images retransmises par la caméra. Peut-être préférera-t-il aussi mettre un terme à la "transparence" qui s'était installée les premiers jours. A tord ou à raison ?

A peine remontée dans sa chambre, Aude a eu la visite de la logopède, puis du Docteur Sebire, de retour du long week-end du nouvel-an. Il a été heureusement surpris des progrès de Aude durant son absence.

Immédiatement après cet entretien, Aude est redescendu au moins-un pour un examen ophtalmologique. Celui-ci confirme le rétablissement progressif de Aude. La bonne nouvelle est que l'examen du fond de l'˛il ne révèle plus d'hypertension intracrânienne, ce qui signifie que le drain posé lors de la troisième opération de Aude produit son effet. Aude ne distingue pas tout et ne peut pas encore voir des petits objets. Ses yeux voient, mais les nerfs qui pilotent leurs déplacements ne réagissent pas encore normalement. Il faudra beaucoup de patience avant que Aude ne récupère une vision normale. Comme pour les autres fonctions.
De retour dans la chambre, Aude a dîné en présence de son bon-papa et de sa bonne-maman, venus lui rendre visite. Il était déjà 2 heures quand je l'ai quittée. L'heure de poursuivre sa kiné !

Inutile de vous dire que Aude était fatiguée ce soir.

Philippe et Vieng