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Samedi 23 décembre 2000

Aude progresse !

Aude ne hurle plus de douleur. Aude rigole et fait des blagues aux infirmières. Aude voit d'un oeil. Les nouvelles sont donc enfin positives après une semaine très difficile.

Les neurochirurgiens ne s'expliquent toujours pas pourquoi Aude a perdu la parole et la vue au lendemain de la seconde opération. Ils affirment n'avoir pas touché aux zones motrices de ces fonctions et les images de la résonance magnétique ne montrent aucun dommage dans ces régions. La médecine a ses limites et les fonctions neuronales gardent encore bien des mystères.

Le docteur Sébire, qui dirige le département de neuropédiatrie et a pris en main le dossier de Aude, est pourtant confiant dans ses facultés de récupération. Aude lutte avec courage face à son état. Il y a une semaine, elle hurlait dès qu'on la touchait, et la prendre dans nos bras était une épreuve pour elle.

Hier, elle a collaboré pendant plus d'une heure avec Catherine, la kinésithérapeute. Aude doit tout réapprendre.

Ses gestes sont lents et hésitants, même des gestes aussi simples que prendre une balle dans ses deux mains demande un long réapprentissage. Hier, Aude ne pouvait quasiment pas tenir sa tête droite quelques instants. Il lui était difficile de s'asseoir. Ne parlons pas de se tenir debout. Aujourd'hui, elle a déjà fait des progrès et c'est en position presque assise, appuyée bien sûr sur le fond de son lit, que nous l'avons retrouvée !

Aucun son ne sort encore de sa bouche, hormis des rires ou des pleurs très gutturaux. Hier, Aude a retrouvé comment montrer la langue. Aujourd'hui, elle a par contre retrouvé la manière de déposer des bisous et parvient à les envoyer d'un geste de la main. Elle a également été capable d'avaler le petit pot de crème que Vieng lui a servi cuillère par cuillère. Quels progrès !

Côté vie de famille, voilà 5 jours que Vieng n'est plus rentrée à la maison. Depuis le premier jour de l'hospitalisation de Aude, à Ottignies nous nous étions organisés pour veiller sur Aude en permanence à tour de rôle. Mais lors de son dernier déplacement à l'hôpital, les contractions de Vieng s'étaient  révélées tellement fortes que les gynécologues de Saint-Luc ont proposé de l'hospitaliser au dixième étage avec une perfusion de Prepar pour éviter un accouchement trop précoce. Vieng ne pouvait évidemment accepter l'idée de se retrouver 2 étages plus haut que sa fille sans pouvoir veiller sur elle dans les moments difficiles qu'elle vivait. Nous avons donc convenu qu'elle resterait dorénavant en permanence près de Aude et que je m'occuperais des garçons avec les amis qui nous épaulent. Vieng squatte donc discrètement la chambre de Aude depuis plusieurs jours. Les aides-soignantes lui avaient trouvé un lit pliant lors du déménagement de service il y a 2 semaines. Lorsque c'est possible, elle lui mettent maintenant aussi un plateau. Pour le reste, je lui apporte tous les jours sa part des repas que nous préparent nos amis avec tant de tendresse.

Ce samedi matin, les garçons se montraient très anxieux de se retrouver seuls avec moi à la maison. Heureusement, pour Noël, les responsables du service ont accepté que Xavier et Antoine viennent rendre visite à leur grande s˛ur et à leur maman. Personnellement, j'appréhendais un peu la réaction des garçons en découvrant que leur grande s˛ur ne parlait plus et ne se déplaçait pas. Mais lorsque Vieng m'a confirmé par téléphone ce matin qu'une visite était possible déjà cet après-midi, je me suis réjoui et tous avons partagé la même grande impatience de se retrouver en famille.

Face à Aude, les garçons ont réagi avec une sagesse étonnante pour leur âge (4 ans et 2 ans et demi). Ils ont trouvé Aude assise, en train de manger un petit pot cuillère par cuillère. Aude a échangé avec eux de grands sourire, mêlés de rires. Les yeux parlaient entre eux à la place des lèvres. La joie de Aude était visiblement très intense, malgré sa fatigue. Et le bisou échangé à la fin témoignait des progrès faits par Aude les dernières 24 heures.

Assurément, nous attendons tous avec impatience de profiter à nouveau de la trêve de Noël pour nous retrouver tous réunis demain dimanche.

Que la joie de Noël soit aussi intense pour chacun de vous.