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Mercredi 20 décembre 2000

Aude rit à nouveau

Demain, il y aura 4 semaines que nos jours se sont transformés en cauchemar et que mes nuits sont entrecoupées de longues phases d'éveil au cours desquelles passent et repassent sans cesse les mêmes images dans ma tête. Un peu comme si le film se cassait et reprenait sans fin au point de départ.

Cette nuit, je n'ai cessé de penser à la délicatesse du personnel infirmier et soignant dans son ensemble. Et je m'imaginais attribuant un cachet "Made in Dignity" ("fait dans la dignité") sur les fiches de soins de tous les membres de Saint-Luc qui ont témoigné d'un humanisme profond en sus de leur professionnalisme au cours de tous les actes posés. Ils sont nombreux, et énumérer les petits gestes accomplis me prendrait trop de temps.

Je me contenterai donc de partager un moment qui m'a particulièrement touché lors de la journée d'hier, mardi 20 décembre.

Aude ne ressemble plus physiquement à la photo qui a été prise avant l'opération de la tumeur. Lors de celle-ci, une partie de la base arrière du crâne a été rasée et ses cheveux avaient été rassemblés depuis en une touffe assez informe dépassant du bandeau qui enserrait sa tête.

Lors de la pause du drain lundi la semaine dernière, une nouvelle zone de cheveux avait été rasée sur le côté de la tête cette fois.

Hier, l'équipe de radiothérapie a procédé au repérage des zones à irradier. L'opération consiste à tracer à l'encre indélébile des marques qui serviront de repères pour chacune des 35 séances. Au cours du processus, l'infirmière en chef du service a d'abord eu la délicatesse de nous téléphoner dans la chambre où nous attendions :

"monsieur, il y a un problème. Les cheveux de Aude sont emmêlés. Peut-on les couper ?".

L'humanisme de ce geste m'émeut : au delà des lourdes contraintes de son métier, cette infirmière a songé à sauvegarder autant que faire ce peut la chevelure de Aude. Et cela, alors qu'elle savait très bien que les repères à l'encre tracés sur le crâne de Aude ne seraient pas du plus grand esthétisme et que Aude allait inévitablement perdre tous ses cheveux dans les jours à venir suite au traitement.

Mieux, lorsque nous avons retrouvé Aude sur le chemin du réveil, les mêmes infirmières avaient pris le temps de lui faire 2 adorables petites couettes !

Je n'ai quasi pas vu les marques que vous avez tracées sur la tête de Aude, ni son crâne à moitié rasé. Mes yeux sont resté figés sur votre geste, 2 petites couettes tressées sur la tête de ma fille au milieu de tous vos instruments de radiothérapie.

Depuis que Aude s'est réveillée, hurlant à nouveau de douleurs dans le ventre, je n'ai pas cessé de penser à l'exemple que vous aviez donné de votre sens du professionnalisme.

Merci, mesdames. Merci à tous et toutes vos collègues qui partagent ce même sens du devoir à Saint-Luc.